Pour certains enfants, une activité qui semble simple peut devenir très difficile dès qu’on lui demande de faire plusieurs choses en même temps.
C’est ce qu’on appelle la double tâche.
Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, la double tâche ne concerne pas uniquement le fait d’écrire tout en écoutant. Elle peut apparaître dans de nombreuses situations du quotidien et des apprentissages, dès lors que plusieurs opérations doivent être réalisées simultanément.

🔹La double tâche, c’est quoi ?
La double tâche, c’est lorsqu’il faut mobiliser plusieurs compétences ou informations en même temps, alors que chacune demande déjà des efforts.
Pour un enfant avec un TDAH, une dyspraxie, une dysgraphie ou des difficultés exécutives, certaines tâches qui paraissent automatiques pour les autres peuvent demander beaucoup de ressources attentionnelles.
Et lorsque plusieurs de ces tâches se superposent, le cerveau peut avoir du mal à tout gérer.
L’enfant peut alors savoir faire chaque chose séparément, mais ne plus réussir lorsqu’on lui demande de les faire en même temps.
Ce n’est donc pas forcément un problème de compréhension, de connaissances ou de bonne volonté.
🔹Quand écrire empêche de réfléchir
C’est probablement l’un des exemples les plus faciles à comprendre.
Imaginez un enfant qui doit copier ce qui est écrit au tableau pendant que l’enseignant explique la leçon. Il doit regarder le tableau, mémoriser quelques mots, regarder sa feuille, écrire, retrouver où il s’est arrêté… tout en continuant à écouter et à comprendre les explications.
S’il se concentre sur l’écriture, il peut perdre une partie de l’explication. S’il écoute attentivement, il peut prendre du retard dans sa copie.
Pourtant, il sait écrire et il sait écouter. Mais il ne parvient pas forcément à faire les deux efficacement en même temps.
Et c’est important : ce n’est qu’un exemple de double tâche parmi d’autres.
🔹La double tâche peut se cacher partout
Elle peut apparaître dans de nombreuses situations scolaires :
- Écouter une consigne + préparer son matériel : l’enfant cherche son cahier, sort sa trousse… et a oublié une partie de la consigne.
- Lire + sélectionner les informations importantes : lire lui demande déjà beaucoup d’efforts et il ne sait plus quelles informations retenir.
- Calculer + garder une information en mémoire : il perd une étape, une retenue ou un résultat intermédiaire.
- Écrire + organiser ses idées : il sait ce qu’il veut dire mais n’arrive pas à structurer correctement sa réponse.
- Faire un exercice + suivre plusieurs étapes : il commence correctement puis oublie ce qu’il doit faire ensuite.
- Écouter + prendre des notes : il écrit quelques informations mais ne suit plus l’explication, ou écoute mais ne prend presque aucune note.
Et la difficulté peut être encore plus importante lorsque l’enfant est fatigué, stressé, dans un environnement bruyant ou après plusieurs heures de concentration.
🔹Comment y remédier ?
Le principe est assez simple : si la double tâche n’est pas l’objectif de l’activité, on peut essayer d’alléger l’une des tâches.
Si l’objectif est de comprendre une leçon, l’enfant a-t-il réellement besoin de la recopier intégralement en même temps ?
Si l’objectif est de vérifier ses connaissances, faut-il que la difficulté d’écriture l’empêche de montrer ce qu’il sait ?
Si l’objectif est de suivre une consigne, est-il nécessaire qu’il doive en même temps chercher son matériel et mémoriser plusieurs informations ?
L’idée n’est pas de supprimer les apprentissages, mais de permettre à l’enfant de mobiliser ses compétences sur ce qui est réellement demandé.
🔹Et l’AESH dans tout ça ?
L’AESH peut avoir un rôle important lorsqu’un enfant rencontre des difficultés liées à la double tâche. Elle ne fait pas à sa place et ne lui donne pas les réponses : elle peut l’aider à gérer les différentes sollicitations qui mobilisent son attention, afin qu’il puisse se concentrer sur l’apprentissage.
Elle peut, par exemple, l’aider à préparer son matériel pendant que l’enseignant donne une consigne, reformuler ou fractionner celle-ci, attirer son attention sur une information importante, l’aider à passer d’une étape à l’autre ou encore limiter la double tâche entre copie et écoute lorsque cela a été prévu dans ses aménagements.
L’objectif n’est pas de devenir son « deuxième cerveau », mais de lui permettre d’utiliser ses propres compétences sans être constamment débordé par les tâches qui se superposent.
🔹Une liste non exhaustive d’aménagements
Selon les besoins de l’enfant, on peut notamment envisager :
- fournir une trace écrite ou une partie du cours déjà complétée ;
- limiter la copie du tableau ;
- donner les consignes à l’écrit, en complément des consignes orales ;
- fractionner les consignes et les donner étape par étape ;
- mettre en évidence les informations essentielles ;
- fournir les documents nécessaires plutôt que demander à l’enfant de les recopier ;
- laisser davantage de temps lorsque certaines tâches sont particulièrement coûteuses ;
- permettre l’utilisation d’un ordinateur lorsque cela est pertinent ;
- vérifier que la consigne est comprise avant de commencer ;
- ne pas pénaliser la quantité ou la présentation de l’écrit lorsque ce n’est pas la compétence évaluée ;
- proposer, lorsque c’est possible, une réponse orale plutôt qu’exclusivement écrite ;
- laisser l’enfant écouter sans écrire pendant une explication importante.
Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Les aménagements doivent être adaptés aux besoins de chaque enfant et à la situation.
🔹Mon petit conseil de parent
Lorsqu’un enfant semble savoir faire une activité à la maison mais n’y arrive plus en classe, ou lorsqu’il réussit une tâche dans certaines conditions mais pas dans d’autres, on peut se poser une question toute simple :
« Est-ce qu’on lui demande réellement une seule chose ? »
Parce que parfois, l’enfant sait lire, écrire, écouter, mémoriser et réfléchir… mais pas forcément tout cela en même temps.
Avant de conclure qu’il ne fait pas d’efforts, qu’il n’écoute pas ou qu’il ne sait pas faire, essayons donc de regarder ce qu’on lui demande réellement.
Parfois, lui permettre de faire une chose à la fois suffit à faire apparaître ce qu’il sait réellement faire.