Il y a quelques jours, je vous parlais des bronchites asthmatiformes d’Alyss et de son asthme. Je vous racontais notamment comment, depuis toute petite, les épisodes respiratoires avaient rythmé une bonne partie de son enfance, jusqu’à ce que le pneumologue mette enfin un nom sur ce qui se passait.
Mais il y a une autre chose que je n’avais pas forcément comprise à l’époque : le stress pouvait lui aussi avoir un impact très concret sur sa respiration.
Et c’est dans un contexte particulièrement difficile qu’Alyss nous l’a fait comprendre.
Jusqu’au jour où l’école m’a appelée pour me dire qu’Alyss n’arrivait plus à respirer.
🔹Quand le stress devient physique
À cette époque, Alyss était harcelée par une camarade. Les deux enfants n’étaient pas dans la même classe, mais elles se retrouvaient dans la cour, dans le bus et surtout à la cantine. La situation était devenue suffisamment difficile pour qu’Alyss soit régulièrement récupérée à l’école parce qu’elle n’allait pas bien.
La camarade cherchait notamment à l’isoler de ses copines. Elle pouvait dire aux autres enfants : « Viens, on ignore Alyss. » Et les autres suivaient.
Un jour, après une nouvelle situation de ce type, l’école m’a appelée parce qu’Alyss n’arrivait plus à respirer « depuis plusieurs minutes ». Je suis allée la chercher et je l’ai emmenée aux urgences pédiatriques.
Le temps de la récupérer, de faire les formalités et de rejoindre l’hôpital, Alyss s’était toutefois calmée. Elle était avec moi, loin de la situation qui avait déclenché la crise, et elle était de nouveau en sécurité.
🔹Les urgences ont cherché à comprendre
Aux urgences, les médecins ont consulté son dossier médical. Ils m’ont posé des questions sur son asthme, mais aussi sur les circonstances dans lesquelles ces difficultés respiratoires apparaissaient.
Est-ce que c’était déjà arrivé auparavant ? À quel moment ? Est-ce qu’Alyss avait déjà eu ce genre de problème avant l’arrivée de cette camarade et le début du harcèlement ? La réponse était non.
Nous étions alors quasiment à la fin de l’année scolaire. Les médecins ont donc fait le lien avec cette grosse montée de stress et m’ont conseillé de revoir le pneumologue, avec lequel nous avions déjà un rendez-vous prévu pour l’été.
Ils m’ont également conseillé de garder Alyss à la maison pour les dernières semaines si l’école ne parvenait pas à faire cesser la situation de harcèlement, et de revenir aux urgences si cela se reproduisait. Un courrier a été adressé à son médecin traitant et à son pneumologue.
Mais surtout, ils m’ont recommandé de voir avec le pneumologue pour mettre en place un PAI, notamment afin que l’école sache comment réagir si Alyss rencontrait à nouveau des difficultés respiratoires et puisse lui donner sa Ventoline si cela s’avérait nécessaire.
🔹Le rendez-vous chez le pneumologue
J’ai évidemment raconté toute la situation au pneumologue.
Il nous a fixé un rendez-vous dès la semaine suivante pour contrôler sa respiration. Alyss a donc réalisé un examen de sa fonction respiratoire : elle devait respirer dans un appareil, souffler dans un tube et le pneumologue observait les résultats sur son écran.
Je serais bien incapable de vous expliquer précisément ce que mesurait chaque courbe. 😅 Ce n’est pas mon métier.
En revanche, je sais ce qui a suivi : le pneumologue a rédigé le PAI et donné à l’école les consignes à tenir en cas de crise. Et finalement, ce PAI n’a jamais eu besoin d’être utilisé pour donner de la Ventoline à Alyss à l’école. Mais au moins, en cas de problème, ils savent quoi faire.
🔹Alyss a appris à reconnaître les signes
Parce qu’Alyss avait appris à reconnaître ce qui se passait. Elle savait qu’une crise d’angoisse arrivait. Elle sentait les premiers signes, mais elle disait aussi qu’elle n’arrivait pas à l’empêcher.
Son cœur se mettait à battre très vite, comme s’il allait sortir de sa poitrine. Elle avait la tête qui tournait. Et surtout, elle n’arrivait plus à prendre d’air. Et là commençait un véritable cercle vicieux.
Elle paniquait → elle avait du mal à respirer → cette difficulté à respirer la faisait paniquer encore davantage → ce qui augmentait encore la difficulté à respirer.
Les adultes de l’ALAE le constataient eux aussi. Ils m’ont parfois appelée complètement paniqués parce qu’Alyss n’arrivait plus à respirer. Heureusement, l’équipe ALAE était vraiment attentive. Une fois le problème identifié, tout le monde savait qu’il fallait réagir rapidement.
Alyss savait qu’elle pouvait aller immédiatement chercher un adulte dès qu’elle sentait la crise arriver. L’adulte pouvait alors l’isoler de la situation qui avait déclenché son angoisse, l’aider à retrouver son calme et surtout intervenir auprès de l’autre enfant pour que la situation ne dégénère pas. Et cela a changé beaucoup de choses.
Les crises se sont faites rares, justement parce que le déclencheur était identifié et que les adultes savaient comment intervenir.
🔹Mais alors, quel rapport avec ses bronchites asthmatiformes ?
C’est là qu’il faut faire une distinction importante.
Le stress n’a pas fait disparaître les bronchites asthmatiformes d’Alyss. Et je n’ai jamais constaté qu’il les déclenchait systématiquement. Elle continuait à tousser comme avant. Les épisodes respiratoires qu’elle connaissait depuis toute petite étaient toujours là.
En revanche, j’avais découvert quelque chose que je n’avais jamais vraiment envisagé auparavant : chez une enfant qui avait déjà un asthme diagnostiqué, une situation de stress très importante pouvait avoir un impact réel sur sa respiration.
Le stress peut aussi avoir un impact sur les symptômes de l’asthme.
Mais dans le cas d’Alyss, ce que nous avons vécu ne se résume pas à une phrase du type « le stress provoque ses bronchites ». Ce serait beaucoup trop simple. Elle avait un asthme bien réel, diagnostiqué et suivi par un pneumologue. Et elle pouvait également faire des crises d’angoisse suffisamment importantes pour avoir de véritables difficultés à respirer. Les deux pouvaient donc se côtoyer, sans être forcément la même chose.
🔹Apprendre à reconnaître ce qui se passe
Avec le recul, je crois que c’est surtout cela que cet épisode nous a appris.
Lorsqu’un enfant dit qu’il n’arrive plus à respirer, il faut évidemment le prendre au sérieux. Chez un enfant asthmatique, une difficulté respiratoire peut correspondre à une crise d’asthme et nécessite de suivre les consignes médicales prévues pour lui. Une difficulté respiratoire aiguë peut également avoir d’autres causes, dont une crise d’angoisse : il ne faut donc pas essayer de faire soi-même un diagnostic à distance.
Dans notre cas, il a fallu les urgences, le pneumologue et l’observation de ce qui se passait pour comprendre ce qui déclenchait ces épisodes. Puis il a fallu apprendre à Alyss à reconnaître les premiers signes. Et surtout, lui apprendre qu’elle avait le droit de dire : « Ça commence. J’ai besoin d’aide. » C’est probablement l’une des choses les plus importantes que nous ayons pu lui transmettre.
Parce qu’un enfant ne sait pas toujours expliquer ce qu’il ressent. Mais il peut apprendre à reconnaître les signaux que son corps lui envoie. Et parfois, savoir demander de l’aide avant que la crise ne devienne incontrôlable, ça change tout.
🔹Le stress n’est pas « dans sa tête »
Qu’est-ce qu’on peut l’entendre cette phrase. Surtout quand on est une femme. « C’est dans la tête. » Je l’ai en horreur cette phrase. C’est peut-être aussi ce que j’aurais aimé comprendre plus tôt. Quand on parle de stress, d’angoisse ou de crise d’angoisse, on peut facilement avoir tendance à penser que « ce n’est que psychologique ».
Pourtant, ce que nous avons vécu avec Alyss m’a montré quelque chose de très concret : le stress peut avoir des manifestations physiques impressionnantes.
Son cœur s’emballait. Sa tête tournait. Elle n’arrivait plus à respirer. Et plus elle avait peur de ne plus réussir à respirer, plus la crise s’emballait.
Ce n’était pas quelque chose qu’elle pouvait simplement décider d’arrêter. Et ce n’était certainement pas une question de caprice ou de mauvaise volonté. Elle avait besoin d’un adulte pour l’aider à sortir de cette spirale.
🔹Et finalement, ce que j’en retiens
Avant cet épisode, je séparais complètement l’asthme et le stress dans ma tête. Après, j’ai compris que les choses pouvaient être beaucoup plus complexes.
Les bronchites asthmatiformes d’Alyss n’ont pas disparu parce que nous avions identifié le stress. Elles ont continué leur petit bonhomme de chemin. Mais nous avons appris qu’une situation de stress intense pouvait, chez elle, provoquer une crise d’angoisse avec des difficultés respiratoires importantes.
Et surtout, nous avons appris à reconnaître les signes, à agir rapidement et à ne pas attendre que la situation dégénère.
Le PAI a donné un cadre à l’école. L’équipe ALAE a été attentive. Alyss a appris à écouter son corps. Et moi, j’ai appris une chose que je trouve finalement assez importante : parfois, derrière un symptôme physique, il y a plusieurs choses à regarder en même temps. Pas pour choisir entre « c’est médical » et « c’est psychologique ». Mais pour comprendre que le corps et le cerveau ne vivent pas chacun dans leur coin. Ce qui aiderait quand même parfois…
Petit rappel : cet article raconte notre expérience avec Alyss et ce que nous avons observé dans son parcours. Il ne permet évidemment pas de déterminer l’origine d’une difficulté respiratoire chez un autre enfant. Une difficulté à respirer doit toujours être prise au sérieux et, chez un enfant asthmatique, les consignes données par son médecin ou son plan d’action doivent être suivies. En cas de difficulté respiratoire importante ou inhabituelle, un avis médical urgent peut être nécessaire.