Nous sommes le 1er août et pour ceux pour qui ce n’est pas déjà fait, c’est souvent à cette période que commencent les achats de fournitures scolaires pour la rentrée. Et quand on accompagne un enfant avec des troubles neurodéveloppementaux, la liste de fournitures peut vite soulever quelques questions : quel cahier sera le plus adapté ? Quel stylo sera le plus confortable ? Quel crayon lui permettra d’écrire sans avoir à appuyer autant ? Quel compas aura une meilleure prise en main ?
Parce qu’au milieu des dizaines de modèles proposés en magasin, il n’est pas toujours évident de savoir ce qui conviendra réellement à son enfant.
Pour nous, cette recherche s’est faite au fil des années, en testant, en comparant et en acceptant parfois de changer complètement de matériel. Parce qu’il n’existe pas de stylo magique, de cahier parfait ou de matériel universel pour les enfants avec des troubles neurodéveloppementaux. Le bon outil est avant tout celui qui permet à chaque enfant d’écrire avec davantage de confort, de confiance et d’autonomie.
Quand on accompagne un enfant avec des troubles neurodéveloppementaux, on découvre rapidement une chose : un simple objet du quotidien peut devenir un véritable obstacle… ou au contraire une aide précieuse. L’écriture en est un parfait exemple.
Pour beaucoup d’enfants, prendre un crayon, choisir un stylo et écrire quelques lignes sont des gestes automatiques. Pour Alyss, chaque étape demande davantage d’efforts : tenir correctement l’outil, doser la pression, former les lettres, gérer la fatigue…
Alors, au fil des années, nous avons testé, cherché, essayé différents modèles. Certains ont fonctionné. D’autres non. Mais aucun de ces essais n’a été inutile.
Parce que l’objectif n’a jamais été de trouver « LE matériel magique » qui ferait disparaître les difficultés. L’objectif était de lui offrir les outils qui lui permettent d’être plus autonome.
Le but de ces adaptations n’est pas de supprimer les difficultés d’Alyss, mais de réduire la quantité d’effort invisible qu’elle doit fournir pour réaliser une tâche. Et cette différence change tout.
✏️ Les crayons de papier : sortir des listes scolaires
Pendant longtemps, nous avons simplement suivi les listes de fournitures scolaires. Un crayon HB ? Nous achetions un crayon HB. Un crayon 2B ? Nous achetions un crayon 2B.
Mais avec le temps, nous avons compris une chose : le matériel demandé par l’école n’est pas forcément celui qui convient à notre enfant.
Le crayon HB a rapidement montré ses limites pour Alyss qui n’arrivait pas à obtenir un résultat satisfaisant. Le trait était trop léger et elle avait tendance à appuyer davantage pour réussir à voir ce qu’elle écrivait. Or, appuyer plus fort demande encore plus d’efforts et augmente la fatigue.
Nous avons donc changé d’approche. Aujourd’hui, ce qui lui convient le mieux, c’est le crayon 2B et le porte-mine.
La mine plus grasse permet d’obtenir un trait visible sans avoir besoin de forcer autant. Le porte-mine apporte aussi un confort supplémentaire : pas besoin de tailler le crayon régulièrement et l’épaisseur reste constante.
Ce n’est peut-être pas le choix indiqué sur une liste classique, mais c’est celui qui répond à ses besoins. Et finalement, c’est bien cela le plus important.
🖊️ Les stylos : une longue quête avant de trouver le bon
Les stylos, à eux seuls, pourraient presque faire l’objet d’un article complet. Nous en avons testé un nombre impressionnant.
Chez nous, nous aimons écrire, nous avons toujours eu beaucoup de stylos différents à la maison. Alors, pendant tout l’été avant l’entrée en CM1, nous avons testé de nombreux modèles pour trouver celui qui conviendrait à Alyss.
Parce qu’une liste scolaire peut demander un modèle précis… mais ce modèle n’est pas forcément adapté à chaque enfant. Et avec Alyss, j’ai appris à faire passer ses besoins avant les habitudes.
▸ Le stylo plume : une catastrophe annoncée
Certains enseignants demandent un stylo plume. Mais je savais qu’avec Alyss, ce serait compliqué.
La preuve avec le stylo plume transmis par mon père. Il n’a pas survécu. Alyss a réussi à casser la plume. Pas simplement à la tordre : une partie entière de la plume avait disparu. Et ce n’était malheureusement pas la première victime. Son tiroir de bureau était un cimetière de stylos plume à lui tout seul. RIP les gars. Vous avez bien combattu. Mais ma fille a été plus forte.
Au-delà du risque de casse, le stylo plume posait aussi d’autres difficultés :
- elle pouvait laisser la plume trop longtemps sur la feuille,
- l’encre pouvait couler,
- les tâches apparaissaient rapidement,
- la gestion du geste restait compliquée.
Le stylo plume était donc loin d’être l’outil idéal pour elle.
▸ Les essais avec des stylos ergonomiques
En CE1, Alyss utilisait des stylos Bic classiques. Mais elle avait tendance à les mordiller et à les casser régulièrement.
Après avoir probablement contribué à enrichir la marque, nous avons décidé de chercher une autre solution.
Nous avons testé le STABILO EASYoriginal, stylo roller ergonomique rechargeable pour droitier.
Sur le papier, il avait tout pour plaire :
- une forme adaptée,
- une prise en main pensée pour les enfants,
- un système rechargeable.
Mais pour Alyss, ce fut un échec.
La prise en main ne lui convenait pas et l’écriture était trop épaisse à son goût. Le rendu ne lui plaisait pas, ce qui est un élément important pour une enfant qui aime écrire.
Nous avons donc rapidement abandonné ce modèle.
▸ Le déclic avec le Frixion
Finalement, le stylo qui lui correspond le mieux est le Pilot Frixion.
Au départ, nous avons choisi le modèle classique avec capuchon et une pointe de 0,7 mm. Il fonctionnait mieux, mais nous avons rencontré un nouveau problème : les casses. Alyss cassait régulièrement ses stylos… et même les recharges lorsqu’il fallait les changer.
Puis est arrivé un nouveau déclic.
Parfois, quand on cherche depuis longtemps la meilleure compensation possible, les évidences ne sont pas toujours évidentes. Nous avons donc essayé une pointe plus fine : le 0,5 mm et rétractable vu qu’elle cassait tous les capuchons.
J’ai réalisé qu’il fallait aussi simplifier son matériel. Avec ses troubles, Alyss a besoin de limiter les manipulations et les étapes inutiles.
Et à l’entrée en CM2, nous avons enfin trouvé son stylo idéal :
Le Pilot Roller FRIXION Ball 4 couleurs – pointe 0,5 mm. En bleu évidemment.
Pourquoi fonctionne-t-il mieux pour elle ?
- elle apprécie sa prise en main,
- l’écriture plus fine correspond davantage à ses attentes,
- elle a plusieurs couleurs dans un seul outil,
- elle limite le nombre de stylos à gérer.
Ce n’est pas un stylo qui a supprimé ses difficultés. Mais c’est un stylo qui lui permet de se concentrer davantage sur ce qu’elle écrit plutôt que sur la manière de tenir son outil.
📒 Les cahiers adaptés : quand écrire redevient un plaisir
S’il y a bien un matériel qui peut changer le rapport à l’écriture, ce sont les cahiers adaptés.
Nous avons testé plusieurs modèles, dont les cahiers Gurvan. Mais malgré leur intérêt et les aménagements proposés, ils n’ont pas été ceux qui ont réellement trouvé leur place dans le quotidien d’Alyss. Ce n’est pas grave : pour éviter de les gaspiller, on leur a trouvé une autre utilité. Je vous en parlerai dans un prochain article.
Les cahiers qui ont véritablement fonctionné pour elle sont les cahiers spécialement conçus pour les enfants avec des difficultés de dysgraphie et de dyslexie, avec des lignes divisées en trois zones.
Bien sûr, ces cahiers représentent un budget. Il faut compter en moyenne 25 € les quatre cahiers (c’est ce que je payais à l’époque et là je vois qu’ils sont à 15 € les 4). Oui, cela peut sembler beaucoup lorsqu’on compare avec des cahiers classiques.
Mais parfois, un outil plus coûteux apporte un bénéfice qui change réellement le quotidien. Et voir Alyss retrouver du plaisir dans l’écriture n’a pas de prix.
Ce lignage lui apporte des repères visuels essentiels :
- mieux positionner ses lettres,
- respecter leur hauteur,
- différencier les lettres qui montent, celles qui descendent et celles qui restent dans l’espace central,
- organiser son écriture sur la feuille.
Nous avons découvert ce type de cahier en CM1. Encore une fois, le matériel n’était pas le seul obstacle. Lorsque j’ai mis ce cahier dans son cartable, Alyss a refusé de le sortir. Pourquoi ? La peur d’être différente. La peur d’attirer l’attention et que les autres remarquent qu’elle avait un matériel particulier.
J’en ai discuté avec sa maîtresse, qui a tout de suite compris l’intérêt de ce cahier pour elle. Elle savait aussi comment accompagner Alyss et comment lui présenter les choses sans renforcer son sentiment de différence. Elle a trouvé une manière de lui faire essayer sans en faire un symbole de différence. Et cela a fonctionné.
Petit à petit, Alyss s’est approprié son cahier. Au point qu’elle faisait ses devoirs dessus en classe.
Bien sûr, selon les moments, l’AESH pouvait encore prendre le relais pour certaines écritures, mais cet outil lui permettait d’être davantage actrice de ses apprentissages.
En CM2, nous avons continué à utiliser un cahier adapté pour les moments où Alyss écrit elle-même. À la veille de son entrée en 6ᵉ, son écriture a progressé : les lettres sont mieux formées et son geste est plus assuré.
Mais les difficultés ne disparaissent pas pour autant. Lorsque la fatigue cognitive s’installe, l’écriture redevient plus difficile et les lignes classiques restent très compliquées lorsqu’elle doit écrire seule.
L’utilisation de ce lignage adapté ne s’est d’ailleurs pas limitée aux cahiers eux-mêmes. En CM1, sa maîtresse avait eu l’idée de photocopier quelques pages vierges de son cahier afin qu’Alyss puisse également bénéficier de cette réglure pour certaines évaluations.
Lorsque je l’ai appris, j’ai fourni un stock de photocopies à l’école. Alyss pouvait ainsi utiliser ces feuilles pour ses interrogations, plutôt que les feuilles Seyès classiques.
Une adaptation toute simple, qui ne nécessitait pas d’acheter un cahier supplémentaire pour chaque évaluation, mais qui lui permettait de retrouver les repères visuels dont elle avait besoin lorsqu’elle écrivait seule.
Un outil adapté n’est donc pas forcément un outil que l’on garde toute sa vie, ni un outil que l’on utilise dans toutes les situations. Il évolue avec les besoins de l’enfant et avec ses progrès.
🌱 Ce que ces années de tests nous ont appris
Aujourd’hui, nous avons un stock impressionnant de stylos, de crayons et probablement quelques fournitures qui ne serviront plus. Mais ces essais ne sont pas des échecs.
Chaque outil testé nous a appris quelque chose sur Alyss :
- ce qui fonctionne,
- ce qui la fatigue,
- ce qu’elle accepte d’utiliser,
- ce qui lui permet de gagner en autonomie.
Le bon matériel n’est pas forcément le plus cher, le plus recommandé ou celui qui apparaît sur toutes les listes scolaires. Le bon matériel est celui qui permet à l’enfant d’avancer.
Parce qu’au fond, derrière chaque crayon, chaque stylo ou chaque cahier, l’objectif reste toujours le même : donner à Alyss la possibilité de faire par elle-même.
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