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La mémoire de travail : quand on sait… mais qu’on perd le fil

  • « Mais elle vient juste de le faire ! »
  • « Je viens de lui expliquer la consigne. »
  • « Pourtant, elle connaît cette règle. »
  • « Elle a une très bonne mémoire, alors pourquoi elle oublie ? »

Ce sont des questions que nous avons souvent pu nous poser avec Alyss et que les enseignants eux-mêmes ne cessent de poser.

Parce qu’Alyss a une bonne mémoire. Même une très bonne mémoire dans certaines situations. Et pourtant, sa mémoire de travail est fragile.

Cela peut sembler contradictoire. En réalité, ce sont deux choses différentes.

🔹La mémoire de travail, c’est quoi ?

La mémoire de travail nous permet de garder temporairement des informations en tête pour pouvoir les utiliser pendant que nous réalisons une tâche.

Elle intervient constamment dans notre quotidien.

Quand quelqu’un nous donne une consigne en plusieurs étapes, quand nous devons retenir un numéro quelques secondes, faire un calcul mental, suivre une procédure ou garder en tête une information pendant que nous faisons autre chose, nous utilisons notre mémoire de travail.

Prenons une consigne toute simple :

« Prends ton cahier de maths, ouvre-le à la page 42, fais l’exercice 3 puis souligne tes résultats. »

Pour nous, cela peut sembler anodin.

Pour la réaliser, il faut pourtant :

  • retenir le cahier demandé,
  • retenir la page,
  • se souvenir de l’exercice à faire,
  • garder en tête la dernière étape,
  • puis penser à souligner les résultats.

Toutes ces informations doivent rester disponibles suffisamment longtemps pour aller jusqu’au bout de la tâche.

Et c’est précisément là que la mémoire de travail peut montrer ses limites.

🔹Avoir une bonne mémoire ne signifie pas avoir une bonne mémoire de travail

C’est probablement la première chose que j’aurais aimé comprendre lorsque nous avons découvert les difficultés d’Alyss.

Avoir une mémoire de travail fragile ne signifie pas avoir une mauvaise mémoire.

Alyss peut retenir énormément de choses. Elle peut se souvenir d’informations anciennes, d’événements, d’histoires ou de détails avec une grande précision.

Pourtant, elle peut oublier ce qu’on vient de lui demander quelques instants auparavant.

Cela peut sembler totalement contradictoire. Mais ce ne sont pas les mêmes mécanismes qui sont sollicités.

La mémoire de travail concerne surtout ce que l’on doit garder actif momentanément pour pouvoir s’en servir.

Et chez Alyss, c’est cette partie-là qui peut rapidement arriver à saturation.

🔹Quand les consignes disparaissent en cours de route

C’est particulièrement visible avec les consignes comportant plusieurs étapes. Elles doivent être répétées, découpées et clairement visibles.

Et même lorsqu’Alyss a compris la consigne au départ, il peut être nécessaire de la lui rappeler en cours d’exercice ou d’évaluation.

Elle peut commencer une tâche avec la bonne consigne en tête… puis perdre une partie des informations en cours de route.

Elle peut également oublier ce qu’elle devait aller chercher.

Ce n’est donc pas forcément qu’elle n’a pas écouté.

Elle peut avoir entendu la consigne. Elle peut même l’avoir comprise. Mais l’information n’est plus suffisamment disponible lorsqu’elle doit être utilisée.

C’est une différence importante.

🔹Quand elle sait faire… mais perd la procédure

C’est peut-être l’une des situations les plus déroutantes.

Alyss peut commencer une multiplication correctement… puis poursuivre en addition ou en soustraction.

Elle peut commencer un exercice de conjugaison au présent… puis terminer au futur.

Pourtant, elle connaît les opérations. Elle connaît les temps de conjugaison. Elle sait faire. Mais elle peut perdre en cours de route la règle ou la procédure qu’elle était en train d’utiliser.

Il ne s’agit donc pas forcément d’un manque de connaissances.

Elle peut savoir comment faire, puis ne plus parvenir à maintenir suffisamment longtemps l’information nécessaire pour continuer correctement.

Et lorsqu’elle s’en rend compte, il faut parfois reprendre l’exercice, retrouver la consigne ou lui rappeler la procédure. Cela lui fait perdre du temps.

Et surtout, cela peut être extrêmement décourageant.

🔹Retenir une information et la manipuler : ce n’est pas la même chose

C’est une distinction que j’ai réellement comprise en lisant les bilans d’Alyss.

Retenir une information est une chose. La garder en tête tout en travaillant dessus en est une autre.

Si je vous demande de retenir : 7 – 2 – 9, vous devez simplement garder ces chiffres en mémoire. Mais si je vous demande ensuite de me les donner dans l’ordre inverse, vous devez faire deux choses en même temps : retenir les chiffres et les manipuler mentalement.

C’est cette double demande qui peut devenir beaucoup plus difficile pour un enfant dont la mémoire de travail est fragile.

Et cela explique pourquoi une tâche peut sembler facile au départ, puis devenir beaucoup plus compliquée dès qu’on ajoute une étape.

🔹Ce que les bilans nous ont permis de comprendre

Quand on reçoit un bilan psychométrique, il y a parfois des phrases qui semblent très claires pour le professionnel qui les écrit… mais beaucoup moins pour le parent qui les lit.

  • « Empan endroit »
  • « Empan envers »
  • « Saturation »
  • « Encodage phonologique »
  • « Labilité attentionnelle ».

On peut lire le compte rendu, voir les scores et pourtant ne pas vraiment comprendre ce que cela signifie dans la vie quotidienne de notre enfant.

Et je trouve cela dommage, parce que derrière ces termes parfois très techniques se cachent souvent des explications qui permettent de mieux comprendre certaines difficultés du quotidien.

Plusieurs évaluations ont retrouvé chez Alyss une fragilité de la mémoire de travail, notamment lorsque la quantité d’informations à maintenir ou à manipuler augmente.

Elles montrent également qu’elle peut mettre en place des stratégies pour compenser ses difficultés.

Mais ces stratégies ont leurs limites : lorsque la charge devient trop importante, elle peut tout de même saturer, avoir besoin de s’auto-corriger davantage ou voir ses performances devenir plus fluctuantes.

Dit plus simplement : elle peut avoir une très bonne mémoire et de bonnes capacités de mémorisation, tout en étant rapidement en difficulté lorsqu’elle doit garder plusieurs informations actives et travailler avec elles en même temps.

C’est une nuance importante, parce qu’un enfant peut avoir de très bonnes capacités générales et rencontrer malgré tout des difficultés bien réelles dans certaines situations.

🔹Alors, concrètement, qu’est-ce que cela change à l’école ?

Énormément de choses.

Parce que les tâches scolaires demandent constamment de faire fonctionner la mémoire de travail. Il faut écouter une consigne, la retenir, lire une question, chercher une information, effectuer un calcul, garder une règle en tête, écrire la réponse… Et parfois faire plusieurs de ces choses simultanément.

Pour Alyss, cela peut rapidement devenir trop lourd.

Elle peut alors :

  • oublier une partie de la consigne,
  • oublier ce qu’elle était en train de faire,
  • perdre la procédure qu’elle utilisait,
  • changer d’opération en cours d’exercice,
  • changer de temps en conjugaison,
  • oublier une information qu’elle venait de lire,
  • devoir relire plusieurs fois,
  • avoir besoin qu’on lui rappelle ce qu’elle doit faire.

Et bien sûr, tout cela entraîne des erreurs. Mais les erreurs ne sont pas la seule conséquence.

🔹Elle perd du temps, se décourage et perd confiance

C’est un aspect que je trouve particulièrement important. Parce qu’une difficulté cognitive ne reste pas toujours une simple difficulté cognitive.

Lorsqu’Alyss doit relire une consigne, recommencer un exercice, chercher ce qu’elle devait faire ou attendre qu’on lui rappelle une information, elle perd du temps.

Elle peut alors se retrouver en décalage avec les autres.

Elle peut s’énerver parce qu’elle ne comprend pas pourquoi elle n’y arrive pas alors qu’elle pensait savoir faire.

Elle peut se décourager.

Et à force de rencontrer ce type de situation, elle peut finir par perdre confiance en elle.

C’est particulièrement difficile lorsqu’elle sait qu’elle connaît la notion mais qu’elle n’arrive pas à le montrer correctement sur sa feuille.

Elle peut alors avoir le sentiment de « ne pas savoir faire ».

Pourtant, le problème n’est pas nécessairement la connaissance.

Une difficulté de mémoire de travail peut provoquer une véritable réaction en chaîne :

l’information est oubliée → l’enfant se trompe → il perd du temps → il doit recommencer → il se décourage ou s’énerve → il perd confiance en lui → et la tâche devient encore plus difficile.

C’est pour cela qu’il ne faut pas regarder uniquement la note ou l’erreur finale.

Il faut aussi regarder ce qui s’est passé pendant que l’enfant réalisait la tâche.

🔹Ce qui l’aide

Avec Alyss, nous avons constaté que plusieurs choses l’aident particulièrement.

Des consignes courtes et découpées

Une longue consigne peut être difficile à maintenir en mémoire. La découper permet de réduire la quantité d’informations à garder simultanément.

Plutôt que :

« Lis le texte, réponds aux questions 1 à 4, souligne les verbes et recopie ensuite les phrases 2 et 5. »

on peut avoir :

  1. Lis le texte.
  2. Réponds aux questions 1 à 4.
  3. Souligne les verbes.
  4. Recopie les phrases 2 et 5.

La tâche reste la même. Mais la charge sur la mémoire de travail n’est pas la même.

Des informations clairement visibles

Une information qui reste uniquement à l’oral doit être conservée mentalement.

Une information écrite peut être retrouvée.

Pour Alyss, avoir les consignes sous les yeux, les étapes visibles ou une règle accessible lui permet de ne pas avoir à tout garder dans sa tête. Et c’est justement le but.

Il ne s’agit pas de lui demander de retenir davantage. Il s’agit de lui permettre de s’appuyer sur des informations extérieures lorsque sa mémoire de travail arrive à saturation.

Des rappels pendant l’activité

Une consigne peut avoir été comprise au début et pourtant ne plus être disponible quelques minutes plus tard.

La rappeler pendant l’exercice ou l’évaluation n’est donc pas forcément inutile. Cela lui permet de retrouver l’information au moment où elle en a besoin.

Des supports pour alléger la mémoire de travail

Un exemple sous les yeux, une procédure écrite, une règle, une checklist ou des étapes numérotées peuvent faire une grande différence.

Ces outils ne font pas le travail à sa place. Ils lui permettent simplement de décharger une partie des informations qu’elle aurait autrement dû maintenir mentalement.

🔹Et les apprentissages à long terme ?

Il y a également quelque chose que nous avons appris avec Alyss : comprendre une notion et la retrouver facilement plusieurs jours ou plusieurs semaines plus tard sont deux choses différentes.

Elle peut comprendre une notion et réussir les exercices lorsqu’elle vient de l’apprendre. Puis, quelques jours plus tard, avoir besoin qu’on la lui rappelle.

Cela ne signifie pas qu’elle a une mauvaise mémoire. Elle a au contraire une très bonne mémoire.

Mais certaines connaissances ont besoin d’être régulièrement réactivées pour rester facilement accessibles. Nous avons donc pris l’habitude de revoir régulièrement les notions.

Lorsqu’elles sont nouvelles, les rappels sont rapprochés.

Lorsqu’elles sont bien installées, nous les espaçons progressivement.

L’idée n’est pas de tout reprendre à chaque fois. C’est plutôt de continuer à revenir ponctuellement sur les connaissances pour les maintenir disponibles. On rapproche les rappels lorsque c’est nécessaire, puis on les espace lorsque la notion devient solide. Cela permet aussi de ne pas attendre qu’Alyss ait complètement oublié pour revenir dessus.

🔹Aider ne veut pas dire faire à sa place

C’est une distinction qui me semble essentielle. Je la rappellerai donc régulièrement.

Lorsqu’on répète une consigne, qu’on l’écrit, qu’on découpe une tâche ou qu’on laisse une règle accessible, on ne donne pas la réponse à l’enfant.

On lui donne les moyens de montrer ce qu’il sait faire sans que sa mémoire de travail soit le principal obstacle.

Un enfant peut parfaitement connaître une notion et avoir besoin de davantage de supports pour l’utiliser.

Cela ne rend pas la tâche moins légitime. Cela permet simplement de compenser une difficulté qui, sinon, risque de masquer ses véritables compétences.

🔹Ce que j’aurais aimé comprendre en lisant les bilans

Pendant longtemps, les bilans nous donnaient beaucoup d’informations… mais je ne comprenais pas forcément ce qu’elles signifiaient concrètement.

Je pouvais lire des termes techniques, des observations et des résultats, mais cela ne me disait pas forcément : « Qu’est-ce que cela voulait dire dans la vie quotidienne de mon enfant ? »

Aujourd’hui, je le comprends beaucoup mieux.

Cela veut dire qu’Alyss peut avoir une très bonne mémoire et retenir énormément de choses.

Mais cela ne signifie pas qu’elle peut forcément garder plusieurs informations actives en même temps, les manipuler et continuer une tâche sans perdre le fil.

Cela explique pourquoi elle peut se souvenir d’un événement ancien avec beaucoup de précision et, quelques minutes plus tard, avoir oublié ce qu’elle était partie chercher.

Pourquoi elle peut connaître une règle mais changer de procédure en plein exercice.

Pourquoi elle peut comprendre une consigne et pourtant avoir besoin qu’on la lui rappelle.

Pourquoi elle peut avoir de bonnes stratégies de mémorisation et malgré tout saturer lorsque trop d’informations doivent être traitées en même temps.

Et surtout, cela explique pourquoi les adaptations qui consistent à réduire la charge sur sa mémoire de travail sont importantes.

🔹Ce qu’il faut retenir

La mémoire de travail n’est pas simplement la capacité à « avoir une bonne mémoire ».

Elle correspond à notre capacité à garder temporairement des informations en tête et à les utiliser pendant que nous réalisons une tâche.

Lorsqu’elle est fragile, un enfant peut :

  • oublier une consigne en cours de route,
  • avoir besoin qu’on répète,
  • perdre le fil d’un exercice,
  • oublier ce qu’il devait faire,
  • changer de procédure,
  • faire des erreurs alors qu’il connaît la notion,
  • perdre du temps,
  • se décourager,
  • s’énerver,
  • et finir par perdre confiance en lui.

Et surtout, cela ne signifie pas qu’il n’a pas de mémoire.

Avec Alyss, nous avons appris qu’il est souvent beaucoup plus efficace de répéter, découper, afficher et rappeler que de lui demander simplement de « faire attention ».

Parce que lorsqu’une information n’est plus suffisamment disponible au moment où elle doit être utilisée, faire davantage d’efforts ne suffit pas toujours.

Parfois, ce dont l’enfant a besoin, ce n’est pas qu’on lui demande de mieux retenir. C’est qu’on lui permette de ne pas avoir à tout retenir dans sa tête.

📌 Une petite fiche pour résumer l’essentiel

Parce qu’on ne peut pas toujours retenir tout ce qu’on vient de lire, je vous ai préparé une petite fiche à garder sous la main pour retrouver rapidement les principaux signes d’une mémoire de travail fragile et les adaptations qui peuvent aider au quotidien.

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