École & apprentissages

Les fiches à scratch : réviser les régions françaises autrement

Lorsqu’on est parent d’un enfant avec un trouble du neurodéveloppement, on entend souvent qu’il faut « faire réviser les leçons » ou que « les leçons ne sont pas apprises » alors même qu’on y passe souvent des heures, qu’on étaye… Et ces propos, constamment répétés, alors même que les enseignants ne réalisent pas le travail personnel fourni à la maison, c’est vite décourageant. Et ce n’était pas faute d’expliquer aux enseignantes d’Alyss que oui, les notes ne sont pas bonnes, mais non, vous ne pouvez pas affirmer qu’elle ne travaille pas quand on voit le temps qu’on passait sur les devoirs et les révisions. Donc non seulement ça énerve et décourage l’enfant, mais aussi les parents et les professionnels qui ont conscience de tout ce temps que les parents investissent dans l’accompagnement des enfants.

🔹Pourquoi les révisions sont compliquées ?

  • Lire plusieurs fois une leçon ou réciter par cœur ne fonctionne pas forcément.
  • Les leçons apprises régulièrement sont oubliées dans les jours suivants, parfois même le lendemain, jour de l’évaluation.
  • Les méthodes et fiches classiques la mettaient rapidement en échec. Trop de texte la décourageait.
  • Elle a besoin de manipuler les informations plutôt que de simplement les lire.

🔹L’idée des fiches à scratch

Au fil des années, j’ai compris qu’il ne suffisait pas de lui faire répéter. Il fallait surtout trouver une façon d’apprendre qui lui corresponde. En l’observant, je me suis rendu compte qu’elle retenait beaucoup mieux lorsqu’elle pouvait manipuler les informations. J’ai donc réfléchi à un système où elle devait replacer elle-même les bonnes réponses grâce à des scratchs.

Aujourd’hui, j’avais envie de vous partager cette méthode qui a très bien fonctionné chez nous. Elle n’a pas vocation à être une solution miracle ni à convenir à tous les enfants. En revanche, si elle peut vous donner des idées pour adapter les apprentissages de votre propre enfant, alors cet article aura atteint son objectif.

Pour son évaluation de géographie en CM2, Alyss devait apprendre les régions françaises. La maîtresse lui avait fourni une fiche de leçon très bien réalisée. Je ne l’ai pas remplacée. Au contraire, je suis partie de ce support.

En observant Alyss, je savais cependant qu’une simple lecture répétée ne suffirait probablement pas. Elle avait besoin de manipuler les informations, de jouer avec elles et de pouvoir recommencer autant de fois qu’elle le souhaitait. J’ai donc décidé de transformer cette leçon en plusieurs supports complémentaires.

J’ai donc repris la carte de la leçon en retirant simplement les noms des régions. Au recto, elle peut travailler sur la carte seule. Au verso, on retrouve la même carte, mais cette fois, j’ai laissé les chefs-lieux. Ce qui lui permet d’enregistrer plus d’informations et d’associer telle ville à telle région.

Après l’avoir imprimée et plastifiée au format A4, j’ai créé des étiquettes portant le nom de chaque région et j’ai fixé des scratchs afin qu’Alyss puisse les placer directement sur la carte. L’avantage est qu’elle peut refaire l’exercice autant de fois qu’elle le souhaite, sans rien abîmer.

Pour favoriser son autonomie, j’ai également fabriqué des fiches de correction plastifiées. Et sur les nouvelles fiches, parce que nous commençons à en avoir un petit stock, et qu’il fallait trouver une astuce pour s’y retrouver, chaque fiche de révision indique le numéro de la correction correspondante. Ainsi, Alyss peut vérifier seule ses réponses, sans attendre qu’un adulte soit disponible. Sur la photo, c’est la version initiale, quand je n’avais pas encore une tonne de fiches plastifiées.

Très vite, cette fiche n’a plus été perçue comme un exercice, mais comme un jeu.

🔹Multiplier les façons d’apprendre

Je me suis rendu compte depuis longtemps qu’un seul support ne suffisait pas toujours. Pour une même notion, j’aime proposer plusieurs façons de manipuler les informations.

Pour cette leçon, nous avons utilisé :

  • la fiche de cours donnée par l’enseignante ;
  • la fiche à scratch réalisée à partir de cette leçon (que vous pouvez télécharger à la fin de l’article) ;
  • des cartes à pince trouvées sur Internet (je ne retrouve malheureusement plus le nom de leur créatrice. Si vous le connaissez, n’hésitez pas à me le signaler afin que je puisse la citer) ;
  • des cartes de nomenclature, où il fallait associer la carte d’une région à son nom, provenant du blog de Maaademoiselle A (celui-ci, j’ai réussi à le retrouver ☺️).

Chaque activité sollicitait les mêmes connaissances, mais d’une manière différente. Selon son envie du moment, Alyss choisissait le support qui lui plaisait. Certaines fois, elle jouait seule. D’autres fois, elle nous demandait de participer ou faisait les activités avec sa sœur.

L’objectif n’était jamais de la faire travailler plus longtemps, mais de lui permettre d’apprendre autrement.

Au fil du temps, les fiches à scratch se sont multipliées. J’ai donc fini par les relier par matière : géographie, histoire, sciences… Nous avons désormais un dossier relié pour chacune, ce qui permet de regrouper les supports et de les retrouver facilement au moment des révisions.

🔹Pourquoi cette méthode fonctionne chez nous ?

  • Elle manipule les informations au lieu de simplement les lire et les subir.
  • Elle est active dans son apprentissage.
  • Elle peut recommencer autant de fois qu’elle le souhaite sans avoir l’impression de refaire le même exercice.
  • Elle choisit elle-même le support qu’elle souhaite utiliser. Les révisions se transforment en jeu, accessible à la demande, seule ou ensemble.
  • Elle garde une image mentale de la fiche.
  • Elle n’est pas noyée sous le texte.
  • Enfin, elle peut s’autocorriger immédiatement, ce qui favorise son autonomie.

En réalité, ce n’est pas le scratch qui est magique. C’est le fait de transformer une leçon en une activité que l’enfant a envie de refaire.

🔹Le résultat

À l’évaluation, Alyss a obtenu 12/13. Le point perdu concernait uniquement l’orthographe. En revanche, toutes les régions étaient connues et placées correctement sur la carte. Ce point en moins, c’est un point sur lequel elle a beaucoup bloqué. Elle en parle d’ailleurs encore aujourd’hui. De mon côté, avec sa dysorthographie sévère, j’ai choisi de ne pas centrer notre attention sur cette erreur. Je lui ai expliqué qu’elle pouvait surtout être fière d’elle pour autre chose : elle avait retenu toutes les régions et était capable de les placer correctement sur une carte, sans aide.

Bien sûr, cette réussite ne repose pas uniquement sur les supports utilisés. Elle est le résultat de plusieurs petites séances, répétées sans pression, avec des outils variés et adaptés à sa façon d’apprendre.

Dans les parcours d’enfants avec des troubles des apprentissages, il est facile de se focaliser sur ce qui reste difficile. Moi, j’ai choisi de mettre l’accent sur ce qui est acquis :

  • la compréhension de la notion,
  • la mémorisation de l’essentiel,
  • la capacité à réussir une tâche globale, même imparfaitement.

Ce n’est pas une question de “minimiser l’école” ou les exigences. C’est une question de priorités d’apprentissage.

Pour Alyss, l’objectif n’était pas une orthographe parfaite ce jour-là, mais la maîtrise de la carte des régions. Et c’est cela que nous avons choisi de valoriser. Alors même si la maîtresse pénalisait l’orthographe, moi j’ai choisi mes combats.

Si vous souhaitez fabriquer la même, voici le matériel que j’utilise :

  • pochettes de plastification (j’achète celles d’Action)
  • scratch autocollant, j’utilise deux sortes : des petites pastilles et des bandes
  • plastifieuse (j’ai le modèle A3 de chez Lidl)
  • des feuilles blanches A4 300 g pour la fiche de travail (en papeterie)
  • des feuilles blanches A4 100 g pour les étiquettes
  • des feuilles blanches A4 80 g pour la fiche corrective

Les fiches à scratch ne se sont pas limitées aux régions françaises. Nous avons ensuite utilisé ce même principe pour d’autres leçons que je vous partagerai sur le blog avec les ressources trouvées sur le net pour accompagner chaque révision.

À chaque fois, le principe est resté le même : transformer une leçon “statique” en support manipulable. Et à chaque fois, Alyss a mieux retenu lorsqu’elle pouvait manipuler, essayer, se tromper, puis recommencer sans pression.

🔹Ce que je retiens de cette expérience

Avec les enfants, et même plus largement avec chaque individu, je suis convaincue qu’il n’existe pas de méthode universelle. En revanche, je crois qu’il est souvent possible d’adapter les supports plutôt que de demander à l’enfant de s’adapter au support.

Avec Alyss, j’ai appris qu’il ne suffisait pas toujours de relire une leçon pour la retenir. En rendant les révisions plus concrètes et ludiques, j’ai trouvé une façon de l’aider à mémoriser tout en lui permettant de gagner en autonomie.

Si cette expérience vous donne des idées, n’hésitez pas à les adapter à votre propre enfant. Et si vous utilisez déjà des astuces similaires à la maison, je serai ravie de les découvrir en commentaire.

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