Comprendre les troubles

« Le TDAH, c’est la nouvelle mode »

Il y a des phrases qui reviennent régulièrement quand on parle du TDAH.

« Maintenant, ils sont tous TDAH, HPI, TOP… »
« Les parents autodiagnostiquent leurs gamins. »
« C’est devenu la nouvelle excuse quand ils sont mal élevés. »
« Ils ne sont pas TDAH, ce sont juste des enfants rois. »

Et, évidemment, l’incontournable : « Une bonne gifle et tu vas voir s’il est toujours TDAH. »

Ah !

Alors déjà, petite précision : le TDAH est un diagnostic. Ce n’est pas une nouvelle tendance vestimentaire, une lubie parentale ou une excuse qu’on imprime en trois exemplaires pour justifier toutes les bêtises de son enfant. Un diagnostic, ça se pose après des évaluations, des observations, des entretiens, des bilans, en tenant compte de l’histoire de l’enfant et de l’impact réel de ses difficultés dans sa vie quotidienne.

Mais je peux comprendre qu’on ne connaisse pas tout ça. Après tout, on ne peut pas tout savoir sur tout. Personnellement, je ne connais pas grand-chose à la mécanique quantique. Je ne vais donc pas expliquer à un physicien que sa théorie est fausse parce que « moi, j’ai toujours pensé que… ».

Et c’est finalement là que le problème commence.

Ne pas connaître le TDAH n’est pas un problème. Ne pas comprendre quelque chose, ce n’est pas grave. On peut poser des questions, se renseigner, écouter quelqu’un qui vit la situation au quotidien. On peut même découvrir qu’on avait des idées reçues complètement à côté de la plaque. Après tout, se coucher moins bête, paraît-il, c’est plutôt une bonne chose.

Le problème, c’est quand on ne connaît pas le sujet, mais qu’on décide quand même d’avoir un avis définitif. N’est-ce pas Gertrude ? Et surtout quand, après qu’on a pris le temps d’expliquer, on s’accroche à son préjugé comme à une bouée de sauvetage.

BD générée avec l’aide de l’IA et entièrement retravaillée par mes soins, spécialement créée pour Alyss à Dysland.

Parce que non, le TDAH n’est pas apparu avec TikTok. Non, les parents n’ont pas découvert récemment qu’un enfant pouvait avoir des difficultés d’attention ou d’impulsivité. Et non, donner une tablette à un enfant ne crée pas magiquement un trouble neurodéveloppemental.

D’ailleurs, j’ai une petite question pour ceux qui pensent que les écrans sont responsables : vous connaissez beaucoup de fœtus qui passent leurs journées sur une tablette ?

Parce qu’un enfant peut présenter un TDAH dès l’enfance. Il peut donc difficilement l’avoir attrapé en regardant trois heures de vidéos de YouTube avant son petit-déjeuner. Mais j’imagine la scène : le bébé, encore tranquillement installé dans le ventre de sa mère, avec sa tablette entre les mains.

BD générée avec l’aide de l’IA et entièrement retravaillée par mes soins, spécialement créée pour Alyss à Dysland.

Il faut parfois revenir à des choses aussi simples que ça.

Le TDAH n’est pas une conséquence d’une mauvaise éducation. L’éducation peut évidemment influencer les comportements, les apprentissages, les habitudes et la manière dont un enfant apprend à gérer certaines situations. Mais elle ne fait pas apparaître ou disparaître un trouble neurodéveloppemental.

Et puis il y a cette fameuse phrase : « Une bonne gifle et tu verras s’il est toujours TDAH. »

Alors là, j’ai une question : la gifle, ça marche aussi sur les cons ? Parce que si oui, il va peut-être falloir commencer à distribuer des claques à grande échelle. T’en veux une Jean-Bernard ?

Plus sérieusement, derrière ces phrases, il y a souvent une confusion entre un comportement et ce qui l’explique. Un enfant peut être mal élevé. Il peut être opposant, tester les limites ou avoir besoin d’un cadre. Et un enfant peut aussi avoir un TDAH. Les choses ne s’excluent d’ailleurs pas forcément.

Avoir un TDAH ne transforme pas automatiquement un enfant en petit ange incapable de faire une bêtise. Il reste un enfant, avec son caractère, ses émotions, ses apprentissages, ses limites et parfois son comportement franchement pénible. Simplement, lorsqu’un trouble est présent, certaines choses qui paraissent évidentes pour les autres peuvent demander beaucoup plus d’efforts à l’enfant.

C’est justement pour cela qu’un diagnostic peut être utile. Pas pour coller une étiquette, pas pour excuser tout, mais pour comprendre et, surtout, pour adapter ce qui peut l’être.

Alors, est-ce que le TDAH est « la nouvelle mode » ?

Non. La nouveauté, c’est surtout qu’on le connaît mieux.

On repère mieux certains troubles, on en parle davantage, les connaissances évoluent et les professionnels sont davantage sensibilisés. Les parents ont également accès à beaucoup plus d’informations qu’il y a quelques décennies. Forcément, quand on commence à mieux identifier quelque chose qui était auparavant sous-diagnostiqué ou mal compris, les diagnostics peuvent augmenter.

Cela ne signifie pas que les enfants se sont soudainement mis à fabriquer des TDAH. Cela signifie aussi qu’on est peut-être simplement devenu un peu meilleur pour les repérer.

Et finalement, je préfère largement quelqu’un qui me dit : « Je ne connais pas le TDAH, tu peux m’expliquer ? » à quelqu’un qui me dit : « Le TDAH, c’est n’importe quoi, une bonne éducation et c’est réglé. »

Le premier ne sait pas. Le second ne sait pas non plus. Mais il y en a un qui est prêt à apprendre. Et ça fait toute la différence.

Quant à ma réponse personnelle à ceux qui me disent que « le TDAH, c’est la nouvelle mode » ?

Le TDAH, c’est un diagnostic. Être con, oui, c’est la mode.

Parce que, franchement, je vois toujours plus de cons que de TDAH.

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