École & apprentissages

La fluence : quand travailler la lecture devient un défi

La fluence, c’est un mot que l’on entend régulièrement lorsqu’on parle d’apprentissage de la lecture. Et en entrant au collège, Alyss a notamment été confrontée à son évaluation dans le cadre des évaluations nationales.

Pour elle, la lecture reste encore compliquée. Alyss est dyslexique et, malgré trois années de suivi en orthophonie, lire n’est toujours pas quelque chose de fluide et d’évident. Alors, forcément, j’essaie de continuer à lui faire pratiquer la lecture à la maison. Mais lui proposer régulièrement des exercices en lui disant « Allez, maintenant on travaille la fluence », vous l’aurez compris maintenant, très peu pour nous. J’ai donc essayé de trouver une autre façon de faire.

🔹Transformer la fluence en défi

Alyss aime les défis. Alors plutôt que de présenter ça comme un exercice supplémentaire, j’ai transformé la lecture en une sorte de petit challenge : un texte, un chronomètre, et on regarde combien de mots elle arrive à lire correctement en un temps donné. On recommence le lendemain ou plus tard, on essaie de faire mieux… Et, contre toute attente, elle est demandeuse. Parce que dans sa tête, ce n’est pas vraiment du travail. C’est un défi. Et quand on trouve le bon bouton à appuyer chez Alyss, ça change énormément de choses. 😏

🔹Sauf que j’avais un petit problème…

Au départ, j’utilisais des textes de fluence que je trouvais et téléchargeais sur Internet. Le problème, c’est qu’Alyss a une mémoire plutôt efficace lorsqu’il s’agit de textes qu’elle a déjà lus plusieurs fois. Très efficace. Trop efficace pour mon petit exercice de fluence, en réalité. Au bout de quelques lectures, elle connaissait tellement bien certains textes qu’elle pouvait me les réciter. Et là, forcément, le résultat devenait beaucoup moins représentatif de sa capacité à lire : elle pouvait même très bien « lire » le texte sans avoir réellement besoin de le regarder.

Avec, bien évidemment, le doigt qui suit consciencieusement les lignes pour faire illusion. Sauf que son doigt allait nettement moins vite que ses mots. Et depuis le CE1, elle sait pourtant que je connais parfaitement ses petites techniques. 😂 Bref : ce n’était plus vraiment de la fluence. C’était devenu du par cœur.

🔹J’ai découvert MiCetF

C’est en cherchant une solution à ce problème que j’ai découvert MiCetF, qui propose notamment un générateur de fiches de fluence. On peut créer des tests ou des entraînements, pour le cycle 2 ou le cycle 3. Et surtout, je pouvais générer de nouveaux textes régulièrement. Fini le texte qu’elle connaît déjà par cœur au bout de trois passages. Ah ah ! Elle croyait vraiment pouvoir me battre ?

Mais puisque j’avais maintenant la possibilité de créer mes propres fiches, je me suis demandé pourquoi me limiter à des textes spécialement conçus pour la fluence.

🔹Et si on faisait de la fluence avec les cours de 6e ?

Puisqu’Alyss allait entrer en 6e, j’ai commencé à récupérer sur Internet des cours de 6e disponibles librement. Histoire, géographie, SVT, physique, français, mathématiques… et je m’en suis servie pour créer ses entraînements et ses tests de fluence.

L’idée est toute simple : pendant qu’elle travaille sa lecture, elle découvre aussi le vocabulaire et les notions qu’elle retrouvera en classe. Et comme elle ne lit pas toujours un texte qu’elle connaît déjà, le résultat reste beaucoup plus intéressant pour travailler réellement sa fluence.

Accessoirement, si elle finit par connaître par cœur le programme d’Histoire, les grandes notions de SVT et quelques définitions de maths, je ne vais probablement pas m’en plaindre. 😂

🔹Et puis il y a eu le clavier

Depuis quelques semaines, on a même poussé le concept un peu plus loin. Je lui fais maintenant taper elle-même ses textes de fluence sur le site. (Vous pouvez faire copier-coller, ça marche aussi. 🤫) Elle crée donc ses propres fiches et, au passage, apprend à taper au clavier.

Ce n’était pas vraiment l’objectif de départ. Mais finalement, pourquoi s’arrêter quand une activité peut servir à plusieurs choses ? Elle lit, travaille sa fluence, découvre des contenus de 6e, apprend progressivement à utiliser le clavier et participe elle-même à la création de ses exercices. Tout ça sans avoir l’impression d’avoir passé du temps à travailler.

🔹Et le PC dans tout ça ?

Il faut quand même expliquer le contexte, parce que sinon on pourrait croire que j’ai soudainement décidé de transformer Alyss en petite machine à apprendre pendant les vacances. 😂

Cet été, avec les après-midi de canicule, Alyss a passé pas mal de temps sur l’ordinateur, notamment sur Roblox et les Sims 4 (j’ai un patch chevaux) je plaide coupable. Et je n’allais certainement pas lui interdire de jouer alors qu’il faisait beaucoup trop chaud pour sortir. En revanche, il y avait une chose sur laquelle j’étais beaucoup moins souple : YouTube.

Qu’elle regarde occasionnellement Inoxtag, Michou ou d’autres vidéos du même genre, très bien. Mais passer des heures devant, parfois à regarder encore et encore les mêmes vidéos jusqu’à connaître les dialogues par cœur ? Non. À un moment, je finissais clairement par lui dire : « Enlève-moi ces vidéos débiles. »

Alors on a passé un deal : elle pouvait jouer sur le PC et regarder YouTube, mais pendant qu’elle jouait, les vidéos devaient être pédagogiques et liées au programme scolaire. Je ne lui demandais aucune restitution ensuite. Pas de résumé, pas de questions, pas de « alors, qu’est-ce que tu as retenu ? ». Rien. « Pendant que tu joues, tu écoutes. Je ne te demande pas de retenir. »

Et comme YouTube est aussi accessible sur la télévision du salon, le deal fonctionne même lorsqu’elle veut jouer sur mon téléphone : même règle, même programmation. Résultat, à force, nous profitons finalement toutes les trois du programme de 6e. Alyss parce qu’elle regarde les vidéos, et sa sœur et moi parce qu’on les entend passer dans le salon. Nous voilà donc toutes les trois à profiter du programme de 6e.

Et Duolingo, on en parle ?

Le seul moment où elle peut être sur mon téléphone sans avoir YouTube en fond, c’est quand elle fait du Duolingo. Ca, aucun besoin de deal, elle réclame constamment. Elle adore. Enfin, « elle »… les deux y passent un temps fou. Entre l’anglais, l’espagnol et les maths, elles avaient déjà largement de quoi faire. Elles se sont même mises aux échecs. Alyss s’est lancée dans le chinois et l’italien (pour parler comme mamie) et sa sœur dans le portugais. Je n’ai pas complètement compris le délire, je vous avoue. 😂 Mais elles, elles s’éclatent.

À la base, Duolingo, c’était simplement pour qu’Alyss commence à retenir quelques mots d’anglais et d’espagnol. Rien de plus. Je voulais juste lui donner un peu de vocabulaire, tranquillement, sans en faire une séance de travail. Je n’avais absolument pas prévu qu’elles allaient toutes les deux finir par y passer un temps fou, se lancer dans les défis, surveiller leurs classements et tout faire pour ne surtout pas perdre leurs séries.

Et puis il y a les séries sans coupure. Plus de 550 jours pour la grande et déjà 375 pour Alyss. Elles ne veulent surtout pas les perdre. Même quand nous partons en vacances, j’ai droit à : « Maman, le portable, vite ! Je vais perdre ma série ! »

Imaginez donc le drame quand la grande est partie une semaine en voyage scolaire en Italie avec une maman tellement sadique qu’elle n’avait pas de Go sur son abonnement. Je vous laisse imaginer l’état de la demoiselle. Bon… elle a quand même réussi à trouver des copines pour lui prêter du Wi-Fi. La série était sauvée. L’honneur aussi, visiblement.

Les séries entre amis, les défis, les classements… dès qu’elles peuvent gagner une place ou dépasser quelqu’un, c’est parti. Elles font leurs exercices, surveillent leur classement et recommencent pour être mieux placées. Des folles. 😂 Qui, en prime, ont une bonne mémoire. Alors autant dire que les langues étrangères, elles retiennent vite les mots à force de les répéter constamment.

Et la petite est devenue tellement forte aux échecs qu’elle veut intégrer un club depuis l’année dernière. Je n’ai toujours pas compris comment on est passées de « fais donc cinq minutes de Duolingo » à « maman, je veux faire des échecs en club », mais bon… je prends.

Alyss, elle, adore Maître Lucas, alors elle a énormément regardé ses vidéos cet été. Elle s’est même créé son propre dossier sur YouTube avec les vidéos qu’elle veut regarder. À chaque fois qu’elle va sur le PC, elle peut ainsi choisir elle-même ce qu’elle regarde et dans quel ordre. Elle s’est donc, ni plus ni moins, constitué sa petite programmation de vidéos pédagogiques. Sauf que c’est mon compte. J’avais zappé ce détail. Donc quand je veux écouter une musique de mon portable, j’ai toutes les vidéos d’Alyss. Au secours !

Comme elle savait exactement ce qu’elle gagnait derrière, elle était beaucoup plus volontaire. Elle n’a même pas réalisé (on ne lui dira pas évidemment) qu’elle arrêtait de jouer pour regarder les vidéos. 😂

La fluence s’est donc naturellement ajoutée au système. Et maintenant, nous avons presque inventé une sorte de commerce triangulaire : un peu de lecture → un peu d’apprentissage → du temps de jeu sur le PC. Tout le monde y trouve finalement son compte.

🔹Est-ce que ça fonctionne ?

Je ne vais évidemment pas vous annoncer que cette méthode va miraculeusement faire disparaître les difficultés de lecture d’Alyss. Ce n’est pas le but. Pour le moment, j’essaie simplement de lui donner davantage d’occasions de lire, sans que chaque occasion ressemble à une séance de travail supplémentaire.

Et si, au passage, elle améliore un peu sa fluence, se familiarise avec le vocabulaire de ses cours de 6e, apprend à taper au clavier et regarde quelques vidéos de Maître Lucas plutôt que de passer tout son temps sur Roblox et des vidéos sans intérêt… eh bien, je considère que le contrat est plutôt réussi.

Reste maintenant à voir ce que cela donnera au fil de l’année.

Parce que si je peux transformer une difficulté en petit défi, le petit défi en jeu, et le jeu en prétexte pour travailler plusieurs compétences à la fois… je prends. 😁

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