École & apprentissages

Pourquoi mon enfant sait faire un jour et plus le lendemain ?

« Mais pourtant, il savait le faire hier ! »

Si vous accompagnez un enfant avec un TDAH, un trouble DYS ou un autre trouble du neurodéveloppement, cette situation vous est probablement familière. Un jour, votre enfant lit un mot sans difficulté ; le lendemain, il bute dessus. Il réussit un exercice de mathématiques à la maison, puis semble ne plus savoir le refaire en classe. Il peut écrire correctement une phrase et, quelques jours plus tard, multiplier les erreurs sur une tâche qui semblait pourtant acquise.

Un peu comme moi avec une brioche.

La première fois que j’ai préparé une brioche sucrée, je l’ai réussie. Une vraie réussite. Je vous jure qu’elle était aussi bonne que belle. J’étais donc assez logiquement partie du principe que, puisque j’avais réussi une fois, j’étais capable d’en refaire.

Sauf que les fois suivantes… catastrophe. Et plus je retente, plus c’est une catastrophe. 😅 Faut dire que je commence à perdre patience.

Évidemment, une brioche ratée n’est pas comparable à un trouble neurodéveloppemental. Mais cette petite mésaventure permet de comprendre quelque chose d’important : avoir réussi une fois ne signifie pas forcément que l’on maîtrise suffisamment une compétence pour pouvoir la reproduire facilement, dans toutes les conditions.

Alors, que se passe-t-il ? Est-ce qu’il sait faire ? Est-ce qu’il ne sait plus ? Est-ce qu’il ne fait simplement pas d’effort ? La réalité est souvent bien plus complexe que ça.

Illustration générée avec l’aide de l’IA et entièrement retravaillée par mes soins, spécialement créée pour Alyss à Dysland.

🔹Réussir une fois ne signifie pas forcément que la compétence est automatisée

C’est probablement l’une des choses les plus difficiles à comprendre lorsqu’on accompagne un enfant avec des troubles des apprentissages. Pour nous, la logique semble simple : s’il a réussi hier, il devrait pouvoir réussir aujourd’hui. Pourtant, une réussite ponctuelle ne signifie pas nécessairement que la compétence est définitivement installée.

Il y a une différence entre réussir une tâche une fois, réussir avec une aide, réussir dans des conditions favorables, réussir seul, réussir dans un autre contexte et réussir de façon suffisamment automatisée pour que cela ne demande presque plus d’effort. Un enfant peut donc réellement avoir compris quelque chose et être capable de le faire, tout en ayant encore besoin de temps, de répétitions et de conditions adaptées pour pouvoir le reproduire régulièrement.

🔹Une journée n’est pas l’autre

Les capacités d’un enfant ne sont pas forcément constantes d’un jour à l’autre. Et cela vaut pour tous les enfants. Mais lorsque certaines tâches demandent déjà beaucoup d’efforts, les variations peuvent devenir particulièrement visibles.

La fatigue, le manque de sommeil, une journée chargée, le bruit, les sollicitations autour de lui, le stress, une consigne plus complexe ou simplement une baisse de disponibilité attentionnelle peuvent modifier considérablement ses performances. Imaginez devoir utiliser toute votre concentration pour écrire quelque chose qui vous demande habituellement peu d’efforts. Si, en plus, vous êtes fatigué, qu’on vous parle autour de vous et qu’on vous demande de retenir une consigne pendant que vous écrivez, vous risquez de faire davantage d’erreurs. Cela ne signifie pas que vous avez soudainement oublié comment écrire. Vous avez simplement moins de ressources disponibles pour le faire.

Pour un enfant, c’est parfois exactement ce qui se passe.

🔹« Il sait » et « il peut le faire maintenant » sont deux choses différentes

C’est peut-être là que se trouve la distinction la plus importante. On peut avoir une compétence sans être capable de la mobiliser à chaque instant et dans toutes les situations.

Un enfant peut savoir comment résoudre une opération, mais ne plus parvenir à retrouver la procédure lorsqu’il doit également écouter une consigne. Il peut connaître une règle d’orthographe, mais ne pas penser à l’appliquer lorsqu’il doit simultanément chercher ses idées, écrire et surveiller son écriture. Il peut savoir lire un mot, mais ne pas parvenir à l’identifier rapidement lorsqu’il est confronté à un texte long et qu’il est déjà fatigué.

La compétence est là. Mais son accès n’est pas toujours stable.

🔹Les fonctions exécutives peuvent aussi entrer en jeu

Pour réaliser une tâche scolaire, il ne suffit pas toujours de « savoir ». Il faut parfois réussir à se mettre au travail, comprendre la consigne, garder les informations en mémoire, sélectionner la bonne stratégie, commencer la tâche, rester attentif, inhiber les distractions, vérifier son travail et corriger ses erreurs.

Toutes ces étapes font appel à des capacités différentes. Lorsqu’elles sont fragiles, une tâche peut sembler parfaitement maîtrisée un jour et devenir beaucoup plus difficile le lendemain. Et c’est justement ce qui peut donner cette impression déroutante de « il sait faire… mais il ne sait plus ».

🔹Et parfois, la double tâche n’arrange rien

Certaines difficultés deviennent encore plus importantes lorsqu’il faut réaliser plusieurs choses en même temps : écouter une consigne tout en écrivant, chercher une information tout en mémorisant ce qu’on vient de lire, écrire tout en réfléchissant à l’orthographe, faire un calcul tout en gardant en mémoire plusieurs informations.

Pour certains enfants, chacune de ces tâches prises séparément peut être réalisable. Mais lorsqu’elles sont demandées simultanément, les difficultés apparaissent. C’est ce qu’on appelle notamment la double tâche.

L’enfant peut donc réussir un exercice dans une situation donnée et échouer dans une autre qui semble pourtant très proche. Ce n’est pas forcément contradictoire : les conditions de réalisation ne sont simplement pas les mêmes.

🔹« Mais à la maison, il y arrive ! »

Cette phrase est souvent utilisée pour montrer qu’un enfant est capable de faire quelque chose. Et oui : si l’enfant le réussit dans certaines conditions, cela nous donne une information importante. Mais cela ne signifie pas qu’il pourra forcément le reproduire partout, tout le temps et de la même manière.

À la maison, il peut être au calme, avoir moins de travail à effectuer, bénéficier d’une présence individuelle, pouvoir prendre son temps ou recevoir une petite aide au moment où il bloque. À l’école, le contexte est différent : il faut parfois écouter l’enseignant, prendre des informations au tableau, gérer le bruit, écrire, respecter le rythme de la classe et passer rapidement d’une activité à une autre.

La réussite à la maison ne signifie donc pas que l’enfant est capable de fonctionner dans exactement les mêmes conditions à l’école. Et inversement, une difficulté observée à l’école ne signifie pas nécessairement qu’il ne possède pas la compétence.

🔹Alors, que faire de cette variabilité ?

Plutôt que de se demander uniquement : « Est-ce qu’il sait faire ? », il peut être beaucoup plus intéressant de chercher : « Dans quelles conditions arrive-t-il à le faire ? »

Quand réussit-il le mieux ? À quel moment de la journée ? Avec quelle quantité de travail ? Avec quelle consigne ? Avec quelle aide ? Dans quel environnement ? Après combien de temps commence-t-il à faire davantage d’erreurs ? Est-ce qu’il réussit mieux lorsqu’il peut utiliser un outil ou un aménagement ?

Ces observations permettent parfois de comprendre ce qui se cache derrière des performances qui semblent irrégulières.

🔹Et surtout : ne pas confondre difficulté et mauvaise volonté

Un enfant qui réussit quelque chose un jour et qui échoue le lendemain n’est pas forcément en train de « choisir » de ne pas le faire. Il n’est pas forcément devenu moins capable. Il n’a pas forcément oublié ce qu’il avait appris. Et il ne cherche pas nécessairement à éviter le travail.

Ses capacités peuvent simplement être variables en fonction de son état et de l’environnement dans lequel on lui demande de les utiliser.

Dire « mais tu sais le faire ! » part souvent d’une bonne intention : rappeler à l’enfant qu’on croit en ses capacités. Mais lorsqu’il est réellement en difficulté, cette phrase peut aussi devenir culpabilisante.

Parce que l’enfant, lui, peut très bien savoir qu’il l’a déjà fait. Il ne comprend simplement pas pourquoi il n’y arrive plus aujourd’hui. Comme moi avec cette fichue brioche.

Et c’est parfois précisément cette incompréhension qui rend les difficultés si difficiles à vivre.

📌À retenir

Un enfant peut savoir faire sans être capable de le faire à chaque instant. La réussite ponctuelle est une information, mais elle ne suffit pas à déterminer si une compétence est automatisée et mobilisable dans toutes les situations.

Alors, plutôt que de chercher uniquement à savoir si l’enfant « sait » ou « ne sait pas », essayons aussi de regarder dans quelles conditions il réussit.

Parce que parfois, la bonne question n’est pas : « Pourquoi il ne le fait plus alors qu’il savait le faire hier ? », mais plutôt : « Qu’est-ce qui lui permet de réussir aujourd’hui… et qu’est-ce qui lui manque pour pouvoir le refaire demain ? »

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