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L’étayage : ce mot qu’on devrait tous connaître

« Pourtant, on venait de passer 20 minutes là-dessus ! »

Cette phrase, je l’ai entendue à de multiples reprises durant son année de CE1. Et parfois, après avoir travaillé une notion en classe, l’enseignante demandait à Alyss de venir au tableau.

« Je lui demande de me montrer. Et elle ne savait pas. Alors qu’on venait de passer 20 minutes à le faire et que c’était au tableau. »

Sur le moment, c’est difficile à comprendre. Comment peut-on avoir travaillé quelque chose pendant vingt minutes et ne plus savoir le faire quelques minutes plus tard ?

Parce qu’il y a une différence entre réussir avec une aide et réussir seul. Et c’est justement là qu’un mot peut être utile : l’étayage.

🔹L’étayage, c’est quoi ?

L’étayage, c’est l’ensemble des aides que l’on apporte à un enfant pour lui permettre de réaliser une tâche qu’il ne pourrait pas encore faire seul, ou qu’il aurait beaucoup de mal à faire seul.

Cela peut être :

  • reformuler une consigne,
  • découper une tâche en plusieurs étapes,
  • montrer par quoi commencer,
  • donner un exemple,
  • poser une question pour guider le raisonnement,
  • utiliser une liste ou un support visuel,
  • rappeler l’étape suivante,
  • attirer l’attention sur une information importante.

On aide l’enfant à faire. On ne fait pas à sa place.

🔹« Mais il sait le faire ! »

C’est justement là que les choses peuvent devenir compliquées. Un enfant peut savoir faire quelque chose dans certaines conditions et ne pas réussir à le faire seul dans d’autres.

Par exemple, un adulte peut lui dire :

« Commence par lire la première consigne. Qu’est-ce qu’on te demande ? »

Puis :

« Quelle information dois-tu chercher ? »

Puis :

« Maintenant, regarde l’exemple. Est-ce qu’il peut t’aider ? »

Avec ces aides, l’enfant avance et réussit. Mais si on lui donne ensuite la feuille sans aucun accompagnement :

« Allez, fais l’exercice. »

Il peut rester bloqué. Ce n’est pas forcément qu’il n’a rien compris. C’est peut-être que les appuis qui lui permettaient de réussir ont disparu.

🔹Un exemple tout simple : préparer son cartable

Dire :

« Prépare ton sac pour demain. »

Cela paraît être une tâche simple. Mais pour certains enfants, cette consigne implique en réalité beaucoup d’étapes :

  • regarder l’emploi du temps,
  • se souvenir de ce qu’il faut prendre,
  • retrouver les bons cahiers,
  • penser aux devoirs,
  • vérifier les affaires nécessaires,
  • organiser le tout,
  • penser à ne rien oublier.

On peut alors étayer :

« Regarde ton emploi du temps. Tu as quoi demain ? »

Puis :

« Il te faut quel cahier pour les maths ? »

Puis :

« Maintenant, regarde pour le français. »

L’enfant prépare son sac. On ne l’a pas préparé à sa place. On lui a simplement permis de réaliser une tâche qui, présentée comme une seule grande consigne, était trop difficile à gérer seul.

🔹L’étayage n’est pas toujours le même

Tous les enfants n’ont pas besoin des mêmes aides. Et un même enfant peut avoir besoin d’un étayage différent selon la tâche, le moment ou son niveau de fatigue.

Pour une activité, une reformulation suffira. Pour une autre, il faudra découper les étapes. Pour une autre encore, un support visuel sera beaucoup plus efficace.

L’objectif n’est donc pas de donner le maximum d’aide possible. C’est de donner l’aide nécessaire.

🔹Et petit à petit, on retire les aides

L’étayage n’a pas vocation à devenir permanent. Lorsque l’enfant maîtrise davantage la tâche, on peut retirer progressivement les aides.

Par exemple :

Au début :

« Regarde ton emploi du temps. Tu as maths demain. Prends ton cahier de maths. Maintenant, vérifie tes devoirs. »

Puis :

« Prépare ton sac en regardant ton emploi du temps. »

Et finalement :

« Prépare ton sac. »

L’objectif est de permettre à l’enfant de gagner en autonomie. L’aide n’est pas une fin en soi. Elle est un moyen.

🔹Et à l’école ?

C’est là que cette notion devient particulièrement intéressante pour les enfants avec des troubles neurodéveloppementaux. Parce qu’on peut facilement confondre : « Il sait le faire » avec : « Il peut le faire seul, dans n’importe quelles conditions. »

Or ce n’est pas forcément la même chose.

Un enfant peut comprendre une notion mais avoir besoin qu’on l’aide à organiser son raisonnement. Il peut connaître la réponse mais ne pas savoir comment commencer. Il peut réussir un exercice avec une consigne reformulée et se retrouver perdu face à la même consigne présentée différemment.

Il peut réussir lorsque l’adulte l’accompagne étape par étape, puis ne plus savoir quoi faire lorsque cet accompagnement disparaît.

Et parfois, la difficulté ne vient même pas de la notion elle-même. Elle vient de l’accès à la tâche.

C’est particulièrement important lorsque l’enfant présente des difficultés attentionnelles, exécutives, langagières, motrices ou neurovisuelles.

🔹Alors, plutôt que « Il sait le faire », on peut se demander…

Dans quelles conditions y arrive-t-il ?

Et surtout :

De quelle aide a-t-il besoin pour y arriver ?

Cette question change beaucoup de choses. Parce que comparer un enfant à un autre ne nous dit pas de quelle aide il a besoin.

Le fait qu’un camarade réalise seul un exercice ne signifie pas qu’Alyss, ou un autre enfant avec des troubles neurodéveloppementaux, devrait pouvoir faire exactement la même chose, de la même manière et au même rythme.

L’objectif n’est pas de donner à tous les enfants exactement la même aide. L’objectif est de leur donner les appuis nécessaires pour accéder aux apprentissages.

🔹Le petit mot à retenir

L’étayage, c’est aider sans faire à la place.

C’est apporter à l’enfant les appuis dont il a besoin pour réussir une tâche, puis les réduire progressivement lorsqu’il devient capable de s’en passer.

Et finalement, beaucoup de parents font déjà de l’étayage sans connaître ce mot.

Vous découpez les consignes ? Vous faites une checklist ? Vous montrez le premier exemple ? Vous rappelez l’étape suivante ? Vous utilisez un support visuel ? Vous êtes probablement déjà en train d’étayer votre enfant.

Et maintenant, vous avez simplement un mot pour le dire.

📌 Pour garder l’essentiel sous la main, je vous ai préparé une petite fiche mémo sur l’étayage à télécharger.

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