Quand un enfant se plaint régulièrement d’avoir mal aux pieds, il peut être tentant de penser qu’il s’agit simplement de douleurs liées à la croissance, à la fatigue ou à une activité physique un peu trop importante. Pourtant, certaines douleurs peuvent être liées à une véritable atteinte du pied et avoir un retentissement important sur la marche et les activités quotidiennes.
C’est notamment le cas de l’aponévrosite plantaire, une affection qui peut également toucher les enfants et les adolescents, en particulier lorsqu’ils pratiquent des activités sollicitant beaucoup le pied. Mais attention : chez l’enfant, une douleur du talon ou du pied peut avoir de nombreuses causes. L’aponévrosite plantaire n’est donc qu’une possibilité parmi d’autres et le diagnostic doit être posé par un professionnel de santé.
🔹Qu’est-ce que l’aponévrosite plantaire ?
L’aponévrose plantaire, également appelée fascia plantaire, est une bande de tissu fibreux située sous le pied. Elle s’étend de l’arrière du pied, au niveau du calcanéum (l’os du talon), vers l’avant du pied et participe notamment au maintien de la voûte plantaire et à la mécanique de la marche.
L’aponévrosite plantaire correspond à une atteinte douloureuse de cette structure, généralement liée à des contraintes répétées et à des microtraumatismes. Chez l’enfant et l’adolescent, elle peut notamment être associée aux activités comportant beaucoup de course, de sauts ou de changements de rythme, mais aussi à certains facteurs biomécaniques.
Le terme « fasciite plantaire » est également utilisé, même si les mécanismes de cette affection ne se résument pas nécessairement à une inflammation au sens strict.
🔹Quels sont les symptômes ?
Le symptôme principal est une douleur sous le pied, souvent située au niveau du talon ou de la partie interne de la voûte plantaire.
Chez l’enfant, elle peut notamment se manifester par :
- une douleur au niveau du talon ou sous la voûte plantaire ;
- une douleur ou une raideur après une période de repos, notamment au moment des premiers pas ;
- une douleur déclenchée ou aggravée par la course, les sauts ou une activité physique importante ;
- une douleur qui s’améliore avec le repos mais peut réapparaître lorsque le pied est de nouveau sollicité ;
- une sensibilité à la pression au niveau de l’insertion de l’aponévrose, près du talon.
Tous les enfants ne décrivent évidemment pas leur douleur de la même manière. Certains parleront de brûlure, de piqûre ou de tension ; d’autres utiliseront des comparaisons qui peuvent sembler surprenantes aux adultes.
Une douleur décrite de manière inhabituelle n’est pas pour autant une douleur imaginaire.
🔹Pourquoi cela peut-il arriver ?
L’aponévrosite plantaire est principalement liée à des sollicitations répétées du pied.
Chez les enfants et adolescents, certains facteurs peuvent favoriser son apparition :
- la pratique d’activités sportives comportant beaucoup de course ou de sauts,
- une augmentation importante ou brutale de l’activité physique,
- certaines particularités de la statique ou de la biomécanique du pied,
- une raideur du complexe gastrocnémien-soléaire, c’est-à-dire notamment des muscles du mollet,
- certaines anomalies d’alignement ou de fonctionnement du membre inférieur.
Les troubles de la statique du pied, comme les pieds plats, méritent toutefois d’être considérés avec nuance : avoir les pieds plats ne signifie pas automatiquement avoir une pathologie ni souffrir. Beaucoup d’enfants ont un pied plat souple et parfaitement indolore. C’est la présence de douleurs, de fatigue, de limitation fonctionnelle ou d’autres signes qui peut justifier une évaluation médicale.
🔹Comment le diagnostic est-il posé ?
Le diagnostic repose avant tout sur l’interrogatoire et l’examen clinique.
Le professionnel de santé va notamment chercher à savoir :
- où se situe précisément la douleur,
- depuis combien de temps elle est présente,
- dans quelles circonstances elle apparaît,
- si elle est liée à la marche, à la course ou à une autre activité,
- si elle survient au repos ou après une période d’inactivité,
- si un traumatisme est survenu,
- ce qui soulage ou au contraire aggrave les symptômes.
L’examen permet ensuite d’observer le pied, la manière dont l’enfant se tient et marche, de rechercher une zone douloureuse et d’évaluer les mobilités du pied et de la cheville.
🔹Faut-il forcément faire des examens d’imagerie ?
Non.
Lorsque les symptômes et l’examen clinique sont caractéristiques, une imagerie n’est pas systématiquement nécessaire pour une aponévrosite plantaire. Les radiographies ne permettent notamment pas, à elles seules, de poser ce diagnostic. Une IRM ou une autre imagerie peut être envisagée dans certaines situations, notamment lorsqu’il faut rechercher une autre cause de douleur.
C’est particulièrement important chez l’enfant : une douleur du talon ne doit pas automatiquement être attribuée à une aponévrosite plantaire.
La maladie de Sever, par exemple, est une cause très fréquente de douleur du talon chez l’enfant et l’adolescent. D’autres causes sont également possibles : fracture de fatigue, problème mécanique, affection inflammatoire, infection ou, beaucoup plus rarement, autre pathologie.
C’est donc bien l’évaluation médicale qui permet de faire la différence.
🔹Comment traite-t-on une aponévrosite plantaire chez l’enfant ?
La prise en charge est généralement conservative, c’est-à-dire qu’elle ne nécessite pas de chirurgie.
Elle peut notamment comprendre :
- une diminution ou une adaptation des activités qui déclenchent la douleur,
- du repos relatif,
- l’application de froid dans certaines situations,
- des étirements, notamment de la chaîne postérieure,
- des exercices de renforcement adaptés,
- des chaussures offrant un soutien approprié,
- éventuellement des supports plantaires ou des talonnettes selon les besoins de l’enfant,
- une prise en charge en kinésithérapie lorsque celle-ci est indiquée.
L’objectif n’est pas nécessairement d’interdire toute activité physique. Il s’agit plutôt de réduire les contraintes douloureuses et d’adapter les activités, éventuellement en privilégiant temporairement des activités moins traumatisantes pour le pied.
Dans certains cas, un médecin peut également proposer un traitement médicamenteux contre la douleur ou l’inflammation. Celui-ci doit bien évidemment être adapté à l’enfant et prescrit ou conseillé par un professionnel de santé.
Les injections de corticoïdes dans l’aponévrose sont controversées chez l’enfant et ne constituent pas un traitement de première intention. La chirurgie est exceptionnelle et réservée à des situations particulières après échec des traitements conservateurs.
🔹Combien de temps cela dure-t-il ?
L’évolution varie d’un enfant à l’autre.
Une amélioration peut être obtenue grâce à l’adaptation des activités et à la prise en charge des facteurs qui entretiennent les douleurs. Mais une douleur du pied peut parfois s’inscrire dans la durée, particulièrement lorsque le facteur mécanique à l’origine des symptômes persiste.
Il est donc important de ne pas raisonner uniquement en termes de « quelques jours de repos devraient suffire ».
Si les douleurs persistent, s’aggravent, empêchent l’enfant de marcher normalement ou réapparaissent régulièrement malgré les adaptations mises en place, une nouvelle évaluation médicale peut être nécessaire.
De même, une douleur associée à un traumatisme, un gonflement important, une rougeur, de la fièvre ou une altération de l’état général doit conduire à consulter rapidement.
🔹Et chez Alyss ?
Chez Alyss, les douleurs aux pieds remontent à sa petite enfance. Vers 18 mois, alors qu’elle commençait à marcher de plus en plus longtemps à nos côtés, elle a commencé à manifester des douleurs aux pieds. Et quand je dis « manifester », il ne s’agissait pas simplement d’un enfant qui disait avoir mal ou qui demandait à être porté : il y avait des pleurs, souvent des hurlements.
À cet âge, nous ne nous sommes pourtant pas immédiatement inquiétées. Un tout-petit qui marche quelques minutes puis demande à retourner dans la poussette ou à être porté, cela peut sembler parfaitement normal. Nous pensions qu’elle était fatiguée, qu’elle avait simplement envie de retrouver sa poussette ou nos bras. Alors nous faisions des pauses, nous la portions quand nous le pouvions, puis nous repartions.
Sauf que la douleur ne disparaissait pas.
Elle était constamment présente et la marche semblait l’aggraver. Nous faisions des pauses en pensant qu’elles pourraient la soulager. Mais il fallait bien, à un moment, reprendre la marche. Et Alyss finissait elle-même par nous dire : « Vous ne comprenez pas que les pauses servent à rien ! Quand on repart, j’ai toujours mal. »
Elle avait raison. Les pauses ne réglaient pas le problème. Elles permettaient simplement de laisser passer un peu de temps avant de devoir recommencer à marcher avec la même douleur.
Alyss pleurait, hurlait parfois de douleur et finissait par nous reprocher de ne pas la croire : « Vous ne me croyez jamais. J’ai mal, mais vous ne comprenez rien. »
Et, quelque part, elle avait raison de ne pas comprendre notre réaction. Nous entendions qu’elle avait mal. Nous le voyions. Mais nous ne savions pas pourquoi. Nous en parlions aux médecins et, pendant longtemps, rien ne permettait d’expliquer ces douleurs ni de réellement les soulager. Et pour être honnête, j’avais clairement l’impression qu’ils n’en avaient rien à faire. Nous expliquions qu’Alyss avait mal, que cela durait depuis longtemps, qu’elle pleurait et hurlait lorsqu’elle marchait trop longtemps, que ça impactait son quotidien mais aussi celui de toute la famille. Les médecins ne réagissaient pas vraiment. Ils la regardaient, puis me regardaient avec cet air qui semblait dire : « Mais qu’est-ce que vous voulez qu’on y fasse ? », avant de passer à autre chose.
Alors comment expliquer à Alyss que nous la croyions, lorsque nous-mêmes avions beau en parler aux médecins et que personne ne semblait vraiment s’en saisir ? Nous ne mettions pas sa parole en doute. Nous cherchions simplement, nous aussi, une explication à quelque chose que personne ne semblait prendre suffisamment au sérieux pour l’explorer.
Et il n’y avait pas que nous à convaincre.
Quand vous sortez avec un enfant qui se plaint ou hurle de douleur, il y a toujours quelqu’un pour venir donner son avis. Et, curieusement, dans notre expérience, c’était toujours une personne âgée qui se sentait investie d’une mission éducative.
« Oh bah c’est quoi cette enfant qui fait des caprices ? Ta maman et ta mamie sont bien gentilles. Parce que moi, je t’aurais laissée là ! »
Ou :
« Moi, je t’en aurais collé une. »
Ou encore, parce qu’il fallait manifestement ajouter une expertise médicale à l’intervention :
« Tu es jeune, tu peux parfaitement marcher ! »
À aucun moment, ces personnes ne nous demandaient si elle avait un problème médical. Elles avaient déjà décidé qu’elle faisait un caprice.
Évidemment, aucune de ces remarques n’a jamais aidé Alyss à avoir moins mal. Et elles ne nous ont certainement pas aidées, nous, à gérer une situation déjà suffisamment difficile.
Ses douleurs avaient pourtant leurs propres mots. Plus tard, Alyss les décrira notamment ainsi : « ça fait comme des clous dans le pied » ou « c’est comme si des sangsues me mangeaient les pieds ».
Au fil des années, la situation n’a pas réellement changé. Même une simple sortie en ville pouvait devenir impossible : il était parfois difficile de dépasser 200 mètres sans qu’Alyss ne se mette à pleurer ou à hurler de douleur. Nous alternions pour la porter, même si en grandissant, ça devenait de plus en plus compliqué.
Vers ses 8 ans, nous avons donc commencé à insister beaucoup plus auprès de son médecin. Ce n’était plus une petite fille qui demandait ponctuellement à être portée. Elle souffrait depuis des années, cette douleur était permanente et elle avait un impact considérable sur sa capacité à marcher et sur toute notre vie quotidienne.
Le médecin nous a finalement orientées, fin 2023, vers un podologue, afin que ses douleurs et la manière dont ses pieds fonctionnaient puissent être évaluées plus précisément.
C’est à partir de là que les investigations concernant ses pieds et ses membres inférieurs ont véritablement commencé.