Lorsque nous avons enfin obtenu des explications concernant les douleurs aux pieds d’Alyss, plusieurs termes médicaux sont apparus dans son bilan : aponévrosite plantaire, tendinopathie d’Achille, valgus dynamique et pied valgus bilatéral.
Pendant longtemps, nous savions simplement qu’elle avait mal. Nous ne comprenions pas pourquoi elle avait aussi mal en marchant, pourquoi quelques centaines de mètres pouvaient suffire à déclencher des pleurs ou pourquoi rester debout devenait si difficile.
Le bilan réalisé par la podologue en janvier 2024 a permis de mettre des mots sur une partie de ce qu’elle ressentait.
Il ne s’agissait donc pas d’une enfant qui « n’avait pas envie de marcher ». Il y avait bien des éléments objectifs permettant d’expliquer ses douleurs.
« douleur sous le pied et jambes à la marche. Bilan articulaire et musculaire : aponévrosite médiale et tendinopathie d’Achille. Bilan dynamique : valgus dynamique. Bilan podoscopique : pied valgus bilatéral. »
Mais que signifient réellement tous ces termes ?
🔹 L’aponévrosite plantaire
Nous avons déjà consacré un article à l’aponévrosite plantaire et à ce qu’elle peut provoquer chez l’enfant, qui permet notamment de revenir plus en détail sur cette affection, ses symptômes, son diagnostic et sa prise en charge.
Chez Alyss, le bilan a retrouvé une aponévrosite médiale, c’est-à-dire une atteinte douloureuse de l’aponévrose au niveau de sa partie interne. L’aponévrose plantaire est une structure fibreuse située sous le pied. Elle participe notamment au maintien de la voûte plantaire et intervient dans la mécanique de la marche. Lorsqu’elle est soumise à des contraintes importantes ou répétées, elle peut devenir douloureuse.
Et chez Alyss, cette douleur était loin d’être anodine. Elle pouvait décrire la sensation comme si des clous étaient plantés sous ses pieds. Elle nous disait également que ses pieds pouvaient devenir rouges et chauds après seulement quelques minutes de marche. Ce diagnostic a donc permis de mettre un premier nom sur une douleur qu’elle essayait de nous décrire depuis des années.
🔹 La tendinopathie d’Achille
Le bilan a également mis en évidence une tendinopathie d’Achille. Le tendon d’Achille se situe à l’arrière de la cheville et relie les muscles du mollet au calcanéum, l’os du talon. Lorsqu’il est soumis à des contraintes répétées, il peut devenir douloureux.
Chez Alyss, les douleurs ne se limitent donc pas à la plante des pieds. Elle peut également avoir mal derrière les chevilles, au niveau des talons, dans les mollets et dans les jambes. Les professionnels qui la suivent ont également fait le lien avec une particularité de sa façon de marcher lorsqu’elle était plus petite : Alyss a longtemps marché sur la pointe des pieds. Cette habitude pourrait avoir participé à maintenir une tension importante au niveau de la chaîne postérieure et notamment du tendon d’Achille.
🔹 Le valgus dynamique
Le bilan ne s’est pas limité à l’observation du pied. Lors de l’analyse dynamique, la podologue a également retrouvé un valgus dynamique.
Le terme peut sembler compliqué, mais il décrit simplement un problème d’alignement qui apparaît lors du mouvement. Lors de certains mouvements ou pendant la marche, les membres inférieurs ne suivent pas un axe parfaitement aligné : le genou peut notamment avoir tendance à partir vers l’intérieur. Cela peut modifier la façon dont les forces sont réparties dans le membre inférieur.
Et c’est important dans le cas d’Alyss, car un pied ne fonctionne pas indépendamment du reste de la jambe. La manière dont le pied prend appui peut avoir des conséquences sur la cheville, le genou et les structures situées plus haut. Le valgus dynamique fait donc partie des éléments permettant de comprendre que ses douleurs ne concernent pas uniquement « ses pieds ».
🔹 Le pied valgus bilatéral
Le bilan podoscopique a enfin mis en évidence un pied valgus bilatéral. « Bilatéral » signifie simplement que cela concerne les deux pieds.
Dans le cas du pied valgus, le talon a tendance à s’incliner vers l’extérieur et l’axe du pied est modifié. Cela peut avoir une influence sur la façon dont le pied prend appui au sol et sur la répartition des contraintes pendant la marche.
Chez certains enfants, ces particularités sont parfaitement indolores. Mais chez Alyss, elles s’inscrivent dans un ensemble beaucoup plus large de symptômes : douleurs sous les pieds, douleurs dans les jambes, fatigue à la marche et difficultés à rester longtemps debout. Il ne s’agit donc pas simplement de constater qu’elle a « les pieds plats ». Il faut regarder comment ses pieds fonctionnent et quelles conséquences cela peut avoir sur sa marche.
🔹 Des problèmes qui ne sont pas indépendants les uns des autres
C’est probablement l’une des choses les plus difficiles à comprendre lorsque l’on découvre ce type de diagnostic. On pourrait avoir tendance à considérer chaque élément séparément : les pieds plats d’un côté, l’aponévrosite de l’autre, puis la tendinopathie d’Achille. Mais le corps fonctionne comme un ensemble.
Une modification des appuis peut entraîner une modification de la façon de marcher. Cette modification peut à son tour solliciter différemment certains muscles, tendons ou articulations. Dans le cas d’Alyss, les professionnels ne regardent donc pas uniquement l’endroit où elle dit avoir mal : ils observent également ses appuis, sa posture, sa marche et la manière dont ses membres inférieurs fonctionnent ensemble.
🔹 Les semelles orthopédiques
À la suite de ce bilan, Alyss a bénéficié d’une première paire de semelles orthopédiques, qu’elle porte au quotidien dans ses chaussures. L’objectif est notamment d’accompagner ses appuis et de mieux répartir les contraintes exercées sur ses pieds.
Pour nous, c’est une étape importante. Pendant des années, nous avons essayé différentes chaussures (j’ai un stock incroyable de chaussures neuves de toutes sortes), fait des pauses pendant les sorties, porté Alyss lorsqu’elle n’arrivait plus à marcher et cherché à comprendre pourquoi elle avait aussi mal. Pour la première fois, nous avons non seulement des diagnostics, mais également une prise en charge adaptée à ce qui a été observé.
🔹 Et malgré les adaptations, les douleurs restent présentes
Le fait d’avoir enfin des diagnostics et des semelles ne fait évidemment pas disparaître les douleurs du jour au lendemain. Aujourd’hui encore, Alyss reste douloureuse à la marche et lors des stations debout prolongées.
En parallèle, elle poursuit depuis janvier une rééducation en kinésithérapie. L’objectif n’est pas simplement de lui demander de moins marcher, mais de travailler notamment sur les tensions, les appuis, la mobilité et le fonctionnement global de ses membres inférieurs. Il s’agit de chercher comment lui permettre de bouger avec le moins de contraintes et de douleurs possible.
🔹 Ce que ce bilan a changé pour nous
Ce bilan de janvier 2024 n’a pas miraculeusement réglé les problèmes d’Alyss. Mais il a changé quelque chose d’essentiel : nous avons enfin des mots pour parler de ce qu’elle vit.
Pendant des années, elle nous a dit qu’elle avait mal. Nous l’avons crue. Mais nous ne savions pas pourquoi. À présent, nous pouvons expliquer qu’elle souffre d’une aponévrosite plantaire et d’une tendinopathie d’Achille, et qu’elle présente un valgus dynamique ainsi qu’un pied valgus bilatéral.
Et surtout, Alyss peut enfin entendre que ses douleurs ont une réalité médicale.
Pour une enfant qui a si souvent entendu qu’elle était simplement fatiguée, qu’elle était trop jeune pour avoir mal ou qu’elle devait bien être capable de marcher comme les autres, cette reconnaissance est loin d’être anodine.
En janvier 2024, nous avons enfin commencé à comprendre ce que son corps essayait de nous dire depuis ses premiers pas.