Après le rendez-vous avec la neuropédiatre, on se dit qu’on a déjà vécu pas mal de choses… mais visiblement, le trajet retour n’avait pas fini de nous tester.
On quitte Vincennes direction l’Essonne (91), avec une organisation déjà digne d’un Tetris niveau expert : récupérer la voiture, réserver l’appart-hôtel pour le jeudi soir (merci Booking.com au dernier moment), et caler une semaine “entre deux” chez ma famille.
La semaine chez ma tante ressemble à une pause… mais une pause très occupée. On en profite pour voir la famille, passer du temps avec les proches, et essayer de reprendre un rythme un peu plus normal (concept totalement théorique à ce stade). C’est aussi une semaine où on souffle entre deux allers-retours Vincennes, rendez-vous médicaux et gestion de planning digne d’une entreprise de transport.
Et puis arrive LE moment incontournable : Kramer.
Pour ceux qui ne connaissent pas Kramer, c’est simple : si ta fille fait de l’équitation, tu n’y vas pas “faire un tour”. Tu y entres, et tu perds toute notion de temps, d’argent et de raison.
Première expédition : départ le matin tôt, dès l’ouverture. Objectif simple : “juste regarder”. Non je rigole. Objectif réel : faire le plein de tout ce dont on a besoin pour l’année, surtout quand ta fille fait régulièrement des poussées de croissance. Oui, on avait vraiment besoin de ces chaps bleues. Elle adore le bleu. Et à ce stade, c’était presque une donnée scientifique : bleu = obligatoire. Résultat : on y passe plus qu’une demi-journée.
On ressort avec des idées, des hésitations, des “on aurait peut-être dû prendre ça”, et ce fameux syndrome classique du magasin d’équitation : tu arrives pour une brosse, tu repars avec une stratégie complète d’équipement.
Sur le parking, les achats sont dans le coffre (je ne sais pas comment on va arriver à tout caser quand il faudra repartir), je m’installe en voiture et Simone qui me dit « Tu aurais dû prendre les bottes quand même. Parce que quand tu passes ton temps aux écuries, tu habites tes autres chaussures. » Elle a TO-TA-LE-MENT raison… Bon puis c’est ma mère, je ne peux pas désobéir. Je suis encore là, je n’ai pas encore démarré, donc je fais des économies d’essence. Je retourne dans le magasin avec ma grande parce que ma mère m’explique « Si on revient toutes les quatre, ça va être un carnage. » Ah bon ? Et qu’est-ce qui te fait dire ça ?
Retour dans le magasin. Je prends les bottes, je règle… et cette fois on part. Si, c’est vrai.
Retour chez ma tante. Silence. Puis LA phrase fatale :
– Elles sont quand même sympas tes bottes… J’aurais dû prendre les mêmes.
J’éclate de rire. Simone tout craché.
Bon bah… on ressort la voiture du jardin ! Après tout, on est à 15 minutes en voiture. Autant en profiter maintenant.
Deuxième expédition. Même lieu. Même équipe. Même erreur stratégique. Non en vrai, nous n’avons AUCUNE stratégie. Absolument aucune. Mais ça va, on gère… Non, mais on assume.
À la fin, on ne sait plus si on équipe un cheval ou si on prépare une expédition polaire en autonomie totale, mais le coffre de la voiture, lui, est officiellement passé en mode blindé. On va rigoler quand on va repartir de la région parisienne. Oui bon… faut quand même reconnaître que les vêtements sont beaux, pratiques et en promo. Donc forcément, on se retrouve toutes les quatre avec des vestes, des bottes d’écurie… et une nouvelle philosophie de vie. Au moins, on arrêtera de se geler à faire le poireau pendant les cours.
Après l’opération « je vide mon LEP chez Kramer » validée avec succès (non, ne me félicitez pas, je vais rougir), et les visites familiales, le jeudi matin nous décidons de partir tôt afin d’éviter les heures de pointe et les éventuels blocages.
L’appart-hôtel accepte que nous laissions la voiture dès le matin, ce qui nous permet de nous déplacer plus librement dans la journée.
Le midi, nous découvrons un restaurant italien improbable, dans une rue perpendiculaire au château de Vincennes. Une vraie pause dans le tumulte. Panozzi Vincennes. Un régal. Ma mère, italienne, est évidemment en mission inspection qualité dès la première bouchée. Validation immédiate du comité familial. Même les enfants, pourtant réputés “compliqués à nourrir”, survivent sans incident diplomatique.
L’après-midi se poursuit par une balade dans Vincennes, entre détente et récupération du rythme du séjour. Ensuite, nous récupérons notre appart-hôtel et nous commençons à nous installer pour la nuit à venir. Cette fois, pas de surclassement magique. Non. Nous avons eu la version “rez-de-chaussée, portes qui claquent et couloirs version percussion nocturne à 2h du matin”. Autant dire que le confort était… éducatif.
Le soir, nous décidons de manger près du château. Et là, découverte historique : un kebab avec frites à 4 euros. Un tarif devenu rare aujourd’hui. L’écart avec les prix actuels nous fait presque sourire, surtout comparé à ce que nous connaissons à Narbonne (8,90 € et 1 € de supplément si on veut des frites).
Le vendredi matin, nous chargeons la voiture que nous n’avions pas trop vidée. On avait anticipé. Le coffre est totalement blindé, sous les sièges aussi, le moindre espace est occupé. Mais on avait prévu UNE valise, qu’on a mis aux pieds des filles et qu’on a sortie pour cette nuit. On ne touche pas au reste. Puis direction le cabinet de la neuropédiatre. Le rendez-vous se déroule dans de bonnes conditions. Les documents nécessaires sont remis, et la consultation permet d’avancer sur le suivi. Une fois sortie, nous ne traînons pas, directement l’appart-hôtel pour récupérer la voiture et reprendre la route immédiatement pour rentrer à Narbonne. Et là… début du film catastrophe routier.
Arrivées à l’entrée de l’autoroute, la police se gare pour en fermer l’accès. Les agriculteurs sont en train d’arriver et de s’installer. Les journalistes sont sur le pont. Nous passons juste derrière eux en voiture. Les informations GPS ne sont pas à jour évidemment puisque ça se passe au moment même où nous circulons. Les fermetures tombent à chaque fois qu’on arrive devant la bifurcation pour l’autoroute.
On ne va pas se mentir : à ce moment-là, mon sens de l’orientation et mes connaissances en généalogie ont clairement travaillé main dans la main. Oui, parce que Vincennes et ses alentours, ce n’est pas juste “une ville de passage”. Dans ma famille, il y a des ancêtres qui ont vécu dans le coin, et bizarrement, ça change tout. Les noms de villes me disent quelque chose, les panneaux ne sont plus totalement abstraits, et surtout, ça me donne des repères. Pendant que le GPS essayait de nous envoyer sur des autoroutes fermées, moi je regardais les panneaux en mode : “non, ça, c’est pas logique… ça nous éloigne… là par contre, ça me parle”. Résultat : on a traversé un nombre absolument indécent de villes autour de Paris, mais avec une certaine cohérence (qu’on appelle aussi “survie en milieu urbain perturbé”).
Le GPS est en mode “bonne chance”. Et nous, au milieu, à improviser des sorties comme si c’était un escape game version nationale.
Et d’un coup ça y est !!! On bascule sur l’autoroute… avant de devoir en sortir à nouveau. On sort, on rerentre, on ressort, on reprend des départementales, on traverse des zones où même le GPS finit par abandonner dignement. Lâcheur !! Jusqu’à Clermont-Ferrand, c’est simple : on a inventé des routes.
Et au milieu de ce chaos routier, une scène insolite de produit, une pépite humaine : une voiture immatriculée dans le 66 (si tu es le chauffeur de la 206 grise et que tu te reconnais…) qui nous suit quasiment depuis le début des détours en région parisienne. Fidèle. Régulière. Presque rassurante. Comme si nous étions devenus malgré nous un point de repère dans un itinéraire totalement improvisé.
À un moment, nous nous retrouvons derrière un poids lourd sur une petite route de campagne. Pas de visibilité, pas de dépassement possible. Et là, le jeune homme derrière nous, nous fait un appel de phare, sort le bras par la vitre et nous fait signe : “allez-y”.
Je vérifie secondée par ma co-pilote, j’ai nommée Simone, et je passe… et tout le monde suit. Sauf lui. Lui reste bloqué. On l’a perdu dans la manœuvre. Quelques kilomètres plus loin, il nous rattrape et reprend sa place derrière nous. Jusqu’à la fin, il semble suivre notre rythme et même nous “guider” dans cette succession de détours, jusqu’à une dernière séparation à une aire de repos avant les Trois Volcans. J’étais triste de quitter cet inconnu si tôt, moi qui nous voyais déjà faire le trajet ensemble jusqu’à Narbonne :)
Après une pause bien méritée, la suite du trajet se déroule plus calmement, même si les sorties d’autoroute restent fréquentes et imprévues. Nous arrivons finalement à Narbonne avec environ 2h30 de retard sur le trajet habituel, fatiguées mais vivantes.
Et évidemment, à peine rentrés : nouveau chapitre. Préparation du départ de la grande pour la Sicile le dimanche matin.
Mais ça… c’est une autre histoire.